Romans Science Fiction

Romain Benassaya – ARCA

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Romain Benassaya – ARCA

Lors de sa première mission sur Encelade, satellite de Saturne, la jeune scientifique Sorany Desvœux découvre par accident une nouvelle matière aux propriétés étonnantes.
Très vite, avec l’appui de son mentor, l’éminent professeur Henri Stern, se dessine le projet ARCA : il s’agit de bâtir une arche propulsée par ce que l’on nomme désormais l’Artefact d’Encelade. Un échantillon d’humanité est ainsi sélectionné pour effectuer un voyage vers La Griffe du Lion, où l’attend une exo-planète aux caractéristiques prometteuses.
Mais une fois le périple entamé et tout retour impossible, des voix de l’ombre s’élèvent au cœur de l’ARCA. Des complots se fomentent et une inquiétante religion gagne en puissance, mettant en péril les fondements même du projet. L’investigateur de bord Frank Fervent devra démêler l’écheveau de ces luttes intestines s’il veut percer à jour le secret de la matière d’Encelade…

Premier roman de Romain Benassaya, ARCA est un roman d’une simplicité magnifique, dont l’efficacité narrative nous fait tourner les pages si rapidement que la fin nous semble arriver bien trop vite. Chaque personnage est ciselé, aucun n’est de trop. Ce roman aurait pu aisément être une série, mais son auteur en a fait un film littéraire magnifique et universel. A mes yeux, un grand roman de science-fiction est un roman qui nous fait toucher cette part de mystère qui nous pousse à grandir, à nous élever jusqu’aux étoiles. ARCA, sans nul doute, nous offre cette étincelle capable de nous faire grandir et vivre une histoire simplement humaine, et pourtant tellement plus.

Le film Premier Contact nous posait déjà cette question : sommes-nous uniquement le produit de notre passé ? Sommes-nous réellement dans une réalité de temps linéaire ? Ou existe-t-il une autre science… la science d’un temps quantique, où le temps est tout sauf linéaire. Un temps quantique, où chaque évolution nous rapproche d’une évidence que la science partage avec les plus anciennes traditions : le futur, plus que le passé, nous prédestine. La science quantique affirme que l’observateur, dès le moment ou son regard se pose sur l’objet, modifie cet objet. ARCA repose sur ce postulat scientifique, et nous le fait vivre à travers une histoire magnifiquement menée, avec des personnages si réels et vivants qu’on ne peut qu’y croire.

Sorany, l’héroïne d’ARCA, est la première à faire face au paradoxe de sa propre prise de conscience. Bien des auteurs de science-fiction nous ont proposé des paradoxes si absolus et si vastes… qu’on en reste à la fois humbles et émerveillés. Il suffit de lire Arthur C. Clarke dans 2001 Odyssée de l’Espace pour se convaincre que nous ne savons pour ainsi dire rien de l’Univers. Et pourtant, comme aime à nous le rappeler Frank Herbert dans Dune, ou encore son préquel Et l’homme créa un Dieu, nous sommes une partie de cet univers. Une partie de tous ses mystères. Plus encore, si on l’en croit Delenn dans Babylon 5, c’est à travers nous qu’il expérimente sa propre nature.

Dans Arca, Sorany expérimente ni plus ni moins le prochain stade d’une potentielle évolution humaine. Une évolution cognitive qui lui permet d’avoir une perspective plus vaste de la réalité, et même du temps. ARCA nous propose un voyage unique et passionnant, où nous découvrons un niveau de réalité dans le futur, où il peut être décidé de ce que sera le passé. Un univers où une entité peut être responsable de sa propre existence, où une espèce peut être responsable de sa propre survie et de sa place dans l’écosystème que constitue la galaxie. Un univers dont les créatures doivent protéger leur passé des prédateurs, afin de garantir leur présent. Un univers où le temps n’est pas linéaire, comme on se le représente. Car dans le monde tel qu’il est, une cause peut se produire des siècles après son effet, et un effet peut précéder la cause qui le produit. Le principe n’est pas sans rappeler Interstellar, mais en plus clair, en plus… évident.

Au début du roman, Sorany est le produit de ses peurs. Absolument toutes ses décisions sont dictées par la fuite. Elle fuit Mars et la terraformation esclavagisée de ses terres arides. Puis, après avoir découvert le SEUL moyen de parcourir les étoiles plus vite que la vitesse de la lumière, elle fuit son propre rôle dans sa découverte. Sorany, pour résumer, se fuit elle-même. Elle ignore qui elle est, et se contente bien de continuer à vivre ainsi. Le seul problème, c’est qu’elle est la seule à pouvoir faire fonctionner sa découverte, un matériau trouvé sur l’une des lunes de Saturne, capable de propulser n’importe quel vaisseau par-delà le système solaire, vers une planète habitable qui pourrait bien être le dernier espoir d’une humanité dépassée par sa propre évolution. Capitale, nécessaire, elle se refuse à comprendre son rôle dans le futur de l’humanité, car elle ne peut imaginer la provenance de l’Artefact. Mais dans le silence des étoiles, il attend. Il attend ce moment où Sorany sera prête à entendre la vérité, la seule vérité qui puisse la sauver… et sauver l’humanité.

ARCA est de ces romans qui méritent le temps d’être lu et vécu, le temps d’un voyage vers les étoiles.

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