Romans Science Fiction

Citation de « Dune » 4

Dune tome 1

• C’est à l’heure du commencement qu’il faut tout particulièrement veiller à ce que les équilibres soient précis. Et cela, chaque soeur du Bene Gesserit le sait bien. Ainsi, pour entreprendre l’étude de la vie de Muad’Dib, il convient de le placer tout d’abord en son temps, en la cinquante-septième année de l’Empereur Padishah, Shaddam IV. Il convient aussi de bien le situer, sur la planète Arrakis. Et l’on ne devra pas se laisser abuser par le fait qu’il naquit sur Caladan et y vécut les quinze premières années de sa vie : Arrakis, la planète connue sous le nom de Dune, restera sienne à jamais.
Extrait du Manuel de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Tenter de comprendre Muad’Dib sans comprendre ses ennemis mortels, les Harkonnens, c’est tenter de voir la Vérité sans connaître le Mensonge. C’est tenter de voir la Lumière sans connaître les Ténèbres. Cela ne peut être.
Extrait du Manuel de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Ainsi parla sainte Alia du Couteau : « La Révérende Mère doit combiner les pouvoirs de séduction d’une courtisane avec la majesté d’une déesse vierge et conserver ses attributs sous tension aussi longtemps que subsistent ses pouvoirs de jeunesse. Car, lorsque beauté et jeunesse s’en seront allées, elle découvrira que le lieu intermédiaire autrefois occupé par la tension s’est changé en une source de ruse et d’astuce. »
Extrait de Muad’Dib, commentaires de famille, par la Princesse Irulan

 • Les écrits vous ont appris que Muad’Dib n’avait sur Caladan aucun compagnon de jeu de son âge. Les dangers étaient bien trop grands. Mais Muad’Dib avait de merveilleux éducateurs et amis. Ainsi, Gurney Halleck, le guerrier-troubadour. Tandis que vous avancerez dans ce livre, vous chanterez certaines de ses ballades. Muad’Dib avait aussi Thufir Hawat, le vieux Mentat, le Maître Assassin du Duc, Thufir Hawat qui suscitait la terreur dans le coeur de l’Empereur Padishah lui-même. Et il y avait aussi Duncan Idaho, le Maître d’Armes du Ginaz, et le docteur Wellington Yueh, dont le nom, noir de trahison, rayonnait pourtant de connaissance… Et Dame Jessica, qui éduquait son fils dans la Manière Bene Gesserit ainsi que, bien sûr, le Duc Leto, dont on ignora longtemps les vertus paternelles.
Extrait de Histoire de Muad’Dib enfant, par la Princesse Irulan

 • Comment aborder l’étude du père de Muad’Dib, le Duc Leto Atréides ? Cet homme qui alliait une insurpassable bonté à une surprenante froideur ? De nombreux faits dans son existence, pourtant, nous ouvrent la voie : son amour exclusif pour sa Dame Bene Gesserit, les rêves qu’il fit pour son fils et le dévouement de ses gens. Le Duc y est contenu tout entier ; personnage solitaire en proie au Destin et dont le rayonnement fut estompé par la gloire de son fils. Mais ne dit-on point que le fils n’est jamais que l’extension du père ?
Extrait de Muad’Dib, commentaires de famille, par la Princesse Irulan

 • Le procédé Bene Gesserit d’implantation de légendes par la Missionaria Protectiva porta pleinement ses fruits lorsque Dame Jessica fut sur Arrakis. L’ensemencement de l’univers par un thème prophétique destiné protéger les Bene Gesserit constitue un système dont on a depuis longtemps apprécié l’ingéniosité. Mais jamais encore comme sur Arrakis il ne s’était présenté une aussi parfaite combinaison entre les êtres et la préparation. Sur Arrakis, les légendes prophétiques s’étaient développées jusqu’à l’adoption d’étiquettes (Révérende Mère, canto et respondu, ainsi que la plus grande partie de la panoplia propheticus Sharia-a). Et l’on admet généralement aujourd’hui que les pouvoirs latents de Dame Jessica furent gravement sous-estimés.
Extrait de La crise arrakeen : analyse, par la Princesse Irulan (Diffusion confidentielle : B.G. classement AR-81088587)

• On a bien souvent évoqué la rapidité avec laquelle Muad’Dib apprit les nécessité d’Arrakis. Les Bene Gesserit, bien sûr, en connaissent la raison. A l’intention des autres, nous pouvons dire ici que Muad’Dib apprit aussi rapidement parce que le premier enseignement qu’il eût reçu était de savoir apprendre. Et la leçon première de cet enseignement était la certitude qu’il pouvait apprendre. Il est troublant de découvrir combien de gens pensent qu’ils ne peuvent apprendre et combien plus encore croient que c’est là chose difficile. Muad’Dib savait que chaque expérience porte en elle sa leçon.
Extrait de L’humanité de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Qu’avait Dame Jessica pour la soutenir à son procès ? Réfléchissez sur ce proverbe Bene Gesserit et peut-être verrez-vous :  » Chaque route que l’on suit exactement jusqu’au bout ne conduit exactement à rien. Escaladez la montagne pour voir si c’est bien une montagne. Quand vous serez au sommet de la montagne, vous ne pourrez plus voir la montagne. « 

Extrait de Muad’Dib, commentaires de famille, par la Princesse Irulan

 • On a coutume de dire que le Duc Leto ferma les yeux devant les périls d’Arrakis et qu’il se laissa prendre au piège sans aucune méfiance. Mais ne serait-il pas plus juste de penser qu’il avait si depuis longtemps vécu dans le plus extrême danger qu’il était venu à ne plus pouvoir déceler un quelconque changement dans l’intensité de ce danger ? A moins qu’il n’ait choisi de se sacrifier délibérément afin d’assurer une existence meilleure à son fils ? Il apparaît à l’évidence que le Duc n’était pas homme à se laisser abuser si facilement.
Extrait de Muad’Dib, commentaires de famille, par la Princesse Irulan

 • A proximité de l’entrée du terrain d’Arrakeen, grossièrement gravée à l’aide de quelque instrument rudimentaire, on pouvait lire une inscription que Muad’Dib devait se répéter bien souvent. Il la découvrit durant sa première nuit sur Arrakis, alors qu’il se rendait au poste de commande ducal pour assister à la première réunion d’état-major. L’inscription était une supplique adressée à ceux qui quittaient Arrakis mais, pour l’enfant qui venait d’échapper de peu à la mort, le sens en était plus sombre encore. L’inscription disait :  » O toi qui sais ce que nous endurons ici, ne nous oublie pas dans tes prières.  »
Extrait du Manuel de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • En ce premier jour où Muad’Dib parcourut les rues d’Arrakeen avec sa famille, il se trouva certaines gens au long du chemin pour se souvenir des légendes et des prophéties et se risquer à crier :  » Madhi ! « . Mais ce cri était plus une question qu’une affirmation, car ils pouvaient seulement espérer qu’il était bien celui annoncé comme le Lisanal-Gaib, la Voix du Dehors. Et l’attention de ces gens était également fixée sur la mère car ils avaient entendu dire qu’elle était Bene Gesserit et il était évident à leurs yeux qu’elle était comme l’autre Lisanal-Gaib.
Extrait du Manuel de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Il n’est probablement pas de révélation plus terrible que l’instant où vous découvrez que votre père est un homme… fait de chair.
Extrait de Les dits de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Mon père, l’Empereur Padishah, me prit un jour par la main, et je sentis, grâce à ce que ma mère n’avait enseigné, qu’il était troublé. Il me conduisit à l’extrémité de la Salle des Portraits, jusqu’au simulego du Duc Leto Atréides. Je notai la ressemblance frappante qui existait entre eux – entre mon père et l’homme du portrait. Tous deux avaient le même visage fin, racé, les mêmes traits acérés, le même regard froid.  » Princesse ma fille, dit mon père, j’aurais aimé que tu sois plus âgée lorsque est venu pour cet homme le moment de se choisir une femme.  » Mon père avait soixante et onze ans alors et il ne paraissait pas plus vieux que l’homme du portrait. Je n’avais que quatorze ans mais je me souviens d’avoir compris en cet instant que mon père avait souhaité en secret que le Duc fût son fils et qu’il haïssait les nécessités politiques qui faisaient d’eux des ennemis.
Extrait de Dans la Maison de mon Père, par la Princesse Irulan

 • La grandeur est une expérience passagère. Jamais elle n’est stable. Elle dépend en partie de l’imagination humaine qui crée les mythes. La personne qui connaît la grandeur doit percevoir le mythe qui l’entoure. Elle doit se montrer puissamment ironique. Ainsi, elle se garde de croire en sa propre prétention. En étant ironique, elle peut se mouvoir librement en elle-même. Sans cette qualité, même une grandeur occasionnelle peut détruire un homme.
Extrait de Les dits de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Il n’y a pas d’issue – nous payons la violence de nos ancêtres.
Extrait de Les dits de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

• Lutter avec des rêves
Ou contenir des ombres ?
Et marcher dans l’ombre d’un sommeil ?
Le temps s’est écoulé
Et la vie fut volée
Tu remues des vétilles,
Victime de ta folie
Chants pour Janis sur la Plaine Funèbre, extrait des Chants de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Il devait exister une science de la contrariété. Les gens ont besoin d’épreuves difficiles et d’oppression pour développer leurs muscles psychiques.
Extrait de Les dits de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Arrakis enseigne l’attitude du couteau : couper ce qui est incomplet et dire :  » Maintenant c’est complet, car cela s’achève ici.  »
Extrait de Les dits de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

• Lorsque mon père, l’Empereur Padishah, apprit la mort du Duc Leto et ses circonstances, il entra dans une fureur que jamais nous ne lui avions connue. Il s’en prit à ma mère et au complot qui l’avait forcé à placer une Bene Gesserit sur le trône. Il s’en prit à la Guilde et au cruel Baron. Il s’en prit à tous ceux qui se trouvaient là, sans même m’épargner, disant que j’étais une sorcière comme les autres. Comme je tentais de l’apaiser en lui disant que tout cela avait été fait pour obéir à une vieille loi de sécurité à laquelle les plus anciens gouvernants s’étaient toujours soumis, il réagit en me demandant si je le prenais pour un faible. Je compris alors qu’il avait été touché non par la mort du Duc mais par ce qu’elle impliquait pour toute la royauté. En y repensant, je crois que mon père lui aussi avait quelque don de prescience car il est certain que sa lignée et celle de Muad’Dib avaient des ancêtres communs.
Dans la Maison de mon Père, par la Princesse Irulan

 • Mon père me dit une fois que le respect de la vérité est presque le fondement de toute morale.  » Rien ne saurait sortir de rien « , disait-il. Et cela apparaît certes comme une pensée profonde si l’on conçoit à quel point la  » vérité  » peut être instable.
Extrait de Conversations avec Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Muad’Dib pouvait, certes, voir l’avenir, mais il faut connaître les limitations de ses pouvoirs. Pensez à la vue. Vous avez des yeux mais ils ne peuvent voir sans lumière. Au fond d’une vallée, vous ne pourrez voir ce qui se trouve au-delà de la vallée. De la même manière, Muad’Dib n’avait pas toujours la possibilité de contempler ce terrain mystérieux de l’avenir. Il nous dit qu’un détail obscur d’une prophétie, tel mot choisi au lieu et place d’une autre, pouvait modifier totalement l’aspect de cet avenir. Il nous dit :  » La vision du temps est vaste mais lorsque vous le traversez, le temps devient une porte étroite.  » Et il luttait toujours contre la tentation d’emprunter les voies dégagées, sûres, disant :  » Ce chemin n’aboutit qu’à la stagnation.  »
Extrait de L’Eveil d’Arrakis, par la Princesse Irulan

Dune tome 2.

• Que méprisez-vous ? Par cela, on vous connaît vraiment.
Extrait du Manuel de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • A quinze ans, il avait déjà appris le silence.
Extrait de Histoire de Muad’Dib enfant, par la Princesse Irulan

 • Nous sommes venus de Caladan, monde paradisiaque pour notre forme de vie. Sur Caladan, nous n’avions nul besoin de construire un paradis physique ou un paradis de l’esprit. La réalité suffisait, tout autour de nous. Et le prix que nous avons payé est celui que les hommes ont toujours payé pour jouir du paradis durant le temps de leur vie : nous sommes devenus fragiles, notre fil s’est émoussé.
Extrait de Conversations avec Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Pour bien des gens, il est difficile de comprendre la vie familiale de la Crèche Royale, mais je vais essayer de vous en donner une vision condensée. Mon père, je crois bien, n’avait qu’un seul véritable ami, le comte Hasimir Fenring, l’eunuque génétique qui était l’un des plus redoutables guerriers de l’Impérium. Le Comte, petit homme laid et sémillant, amena un jour une nouvelle esclave-concubine à mon père, et ma mère me dépêcha auprès de lui pour l’espionner. Tous, nous espionnions mon père pour nous protéger. Certes, une esclave-concubine accordée à mon père selon l’accord Bene Gesserit-Guilde ne pouvait porter de Successeur Royal, mais les intrigues se succédaient sans cesse et en toute similitude. Ma mère, mes soeurs et moi, nous avions pris l’habitude d’éviter les plus subtils instruments de mort. Cela semble terrible à dire, mais je ne suis pas certaine que mon père ne se trouvât pas à l’origine de plusieurs tentatives. Une Famille Royale ne peut ressembler aux autres familles. Donc, cette nouvelle esclave-concubine était là, souple, jolie et rousse comme mon père. Elle avait des muscles de danseuse et il était certain que la neuro-séduction faisait partie de son éducation. Elle était debout devant mon père, nue, et il la regarda longuement avant de déclarer : « Elle est trop belle. Nous la réserverons pour un cadeau. » Vous ne pouvez soupçonner la consternation qui succéda à cette décision, dans la Crèche Royale. La subtilité et le contrôle de soi n’étaient-ils point des qualités qui nous menaçaient toutes directement ?
Dans la Maison de mon Père, par la Princesse Irulan

• Prophétie et prescience. Comment les soumettre à l’examen, face aux questions restées sans réponse ? Par exemple : dans quelle mesure la « Vague » (l’image-vision, ainsi que la désignait Muad’Dib) constitue-t-elle une prédiction véritable et dans quelle mesure le prophète façonne-t-il l’avenir afin qu’il corresponde à la prophétie ? Et qu’en est-il des harmoniques inhérents à l’acte de prophétie ? Le prophète voit-il l’avenir ou seulement une ligne de rupture, une faille, un clivage dont il peut venir à bout par des mots, des décisions ainsi qu’un tailleur de diamant façonnant une gemme d’un coup de son outil ?
Réflexions personnelles sur Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Les Fremen avaient au degré suprême cette qualité que les anciens appelaient le « spannungsbogen » et qui est le délai que l’on s’impose soi-même entre le désir que l’on éprouve pour une chose et le geste que l’on fait pour se l’approprier.

Extrait de La Sagesse de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Mon père, l’Empereur Padishah, avait soixante-douze ans mais il n’en paraissait pas plus de trente-six lorsqu’il décida la mort du duc Leto et la restitution d’Arrakis aux Harkonnens. Lorsqu’il paraissait en public, il portait rarement autre chose qu’un uniforme de Sardaukar et un casque noir de Burseg avec le lion d’or impérial en cimier. L’uniforme rappelait à tous quel était le véritable instrument de son pouvoir. Mais il ne se montrait pas toujours aussi désagréable. Lorsqu’il le voulait, il pouvait faire preuve de charme et de sincérité mais, les derniers temps, j’en vins à me demander si quoi que ce fût dans sa personne correspondait aux apparences. A présent, je pense que c’était un homme qui luttait constamment contre les barreaux d’une cage invisible. Il ne faut pas oublier qu’il était empereur, qu’il représentait une dynastie dont les origines se perdaient dans le temps. Mais nous lui interdisions d’avoir un fils légal. N’est-ce pas là la plus terrible défaite que subît jamais un chef ? Ma mère a obéi à ses Soeurs Supérieures au contraire de Dame Jessica. Laquelle s’est montrée la plus forte ? L’Histoire, déjà, a répondu.
Extrait de Dans la Maison de mon Père, par la Princesse Irulan

 • Dieu a créé Arrakis pour éprouver les fidèles.
Extrait de La Sagesse de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Le concept de progrès agit comme un mécanisme de protection destiné à nous isoler des terreurs de l’avenir.
Extrait de Les Dits de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Dans « Un moment de réflexion », Muad’Dib rapporte que le véritable début de son éducation correspondit à ses premiers contacts avec les impératifs d’Arrakis. Il apprit alors à sonder le sable pour connaître le temps, il apprit le langage des aiguilles que le vent plante dans la peau. Il connut l’irritation du sable dans le nez et, tandis que ses yeux prenaient le bleu de l’Ibad, il reçut l’enseignement Chakobsa.
Préface de Stilgar à Muad’Dib, l’Homme, par la Princesse Irulan

• Nulle femme, nul homme, nul enfant ne pénétrera jamais dans l’intimité profonde de mon père. S’il eut jamais des rapports proches de la camaraderie, ce fut avec le comte Hasimir Fenring, le compagnon de son enfance. L’influence de l’amitié du Comte eut un premier résultat positif puisque, après l’Affaire d’Arrakis, il parvint à calmer les soupçons du Landsraad. Il en coûta plus d’un milliard de solaris en épice, selon ma mère, sans compter les autres cadeaux – femmes-esclaves, honneurs royaux, titres. Mais l’amitié entre l’Empereur et le comte Fenring eut un autre effet, négatif celui-là. Le Comte se refusait à tuer un homme, même lorsqu’il en avait reçu l’ordre, même si cela lui était possible. Je vais maintenant expliquer ce qu’il en était.
Le comte Fenring : Un profil, par la Princesse Irulan

 • Le besoin pressant d’un univers logique et cohérent est profondément ancré dans l’inconscient humain. Mais l’univers réel est toujours à un pas au-delà de la logique.
Extrait de Les Dits de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Il est en toutes choses un rythme qui participe de notre univers. Symétrie, grâce, élégance : vous retrouvez toutes ces qualités dans celles que saisit le véritable artiste. Vous pouvez retrouver ce rythme dans la succession des saisons, dans le cheminement du sable sur une corniche, dans les branches d’un buisson créosote ou dans le dessin de ses feuilles. Dans notre société, dans nos vies, nous avons essayé de copier ces formes, de chercher les rythmes, les danses qui réconfortent. Pourtant, il est possible de discerner un péril dans la découverte de la perfection ultime. Il est clair que le schéma ultime contient sa propre fixité. Dans cette perfection, toute chose s’en va vers sa mort.
Extrait de Les Dits de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • « Contrôlons la monnaie et les alliances. Que la racaille s’amuse du reste. » Ainsi dit l’Empereur Padishah. Et il ajoute : « Si vous voulez des profits, il vous faut régner. » Il y a une certaine vérité dans ces paroles, mais pour ma part, je me demande : « Où est la racaille et où sont les gouvernés ? »
Message Secret de Muad’Dib au Landsraad, extrait de L’Eveil d’Arrakis, par la Princesse Irulan

 • On ne peut éviter l’influence de la politique au sein d’une religion orthodoxe. Cette lutte pour le pouvoir imprègne l’éducation, la formation et la discipline d’une communauté orthodoxe. A cause de cette pression, les chefs d’une telle communauté doivent inévitablement faire face à l’ultime question intérieure : se soumettre totalement à l’opportunisme pour conserver leur pouvoir ou risquer de se sacrifier eux-mêmes pour le maintien de l’éthique orthodoxe.
Extrait de Muad’Dib : Les Questions Religieuses, par la Princesse Irulan

 • Quand la loi et le devoir ne font qu’un sous la religion, nul n’est plus vraiment conscient. Alors, on est toujours un peu moins qu’un individu.
Extrait de Muad’Dib : Les Quatre-vingt-dix-neuf Merveilles de l’Univers, par la Princesse Irulan

 • Combien de fois l’homme en colère nie-t-il avec rage ce que lui souffle son moi intérieur ?
Extrait de Les Dits de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • Et l’on dit que dans la troisième année de la Guerre du Désert que Paul Muad’Dib gisait seul dans la Grotte des Oiseaux, derrière les tentures de kiswa d’une chambre. Il gisait immobile comme un mort, pris par la révélation de l’Eau de Vie. Son être était transporté au-delà des frontières du temps par le poison qui donne la vie. Ainsi se réalisa la prophétie qui disait que le Lisan al-Gaib serait à la fois vivant et mort.
Légendes d’Arrakis, par la Princesse Irulan

 • Et l’aube apparut où Arrakis se retrouva au centre de l’univers, dans le moyeu de la roue qui allait se mettre à tourner.
Extrait de L’Eveil d’Arrakis, par la Princesse Irulan

 • Et Muad’Dib se tint devant aux, et il dit : « Bien que nous pensions la captive morte, elle vit. Car sa graine est la mienne et sa voix est ma voix. Et elle voit au-delà des plus lointaines frontières du possible. Oui, elle voit jusque dans le vallon de l’inconnaissable à cause de moi.
Extrait de L’Eveil d’Arrakis, par la Princesse Irulan

 • Il était guerrier et mystique, féroce et saint; il était retors et innocent, chevaleresque, sans pitié, moins qu’un dieu, plus qu’un homme. On ne peut mesurer Muad’Dib selon des données ordinaires. Au moment de son triomphe, il devina que la mort le guettait et accepta pourtant la traîtrise. Peut-on dire qu’il le fit pour obéir à son sens de la justice ? Quelle justice en ce cas ? Car, souvenez-vous bien : nous parlons du Muad’Dib qui revêtit ses tambours de la peau de ses ennemis, qui rejeta toutes les conventions de son passé ducal en déclarant simplement : « Je suis le Kwisatz Haderach. Cette raison me suffit. »
Extrait de L’Eveil d’Arrakis, par la Princesse Irulan

Le messie de Dune

• Si riches sont les mythes qui demeurent attachés à la personne de Muad’Dib, l’Empereur Mentat, et à celle de sa soeur Alia, qu’il est difficile de percer à jour la nature véritable des êtres. Avant tout, il exista un homme né sous le nom de Paul Atréides, et une femme appelée Alia. Sur leur chair s’exercèrent les effets du temps et de l’espace. En dépit de leurs pouvoirs qui les affranchissaient des limitations ordinaires de ce temps, de cet espace, ils demeuraient d’extase humaine et les expériences qu’ils vécurent furent bien réelles de même que les traces qu’ils laissèrent dans la réalité. Pour mieux les comprendre, il convient d’admettre que la catastrophe qu’ils connurent fut une catastrophe pour la race humaine tout entière. Ainsi donc, l’oeuvre que voici dédiée, non à Muad’Dib ou à sa soeur, mais à leurs héritiers, à nous tous.
En dédicace à l’Index de Muad’Dib tel qu’il fut retranscrit de la Tabla Memorium du Culte de l’Esprit Mahdi

 • Il n’existe nulle séparation entre les dieux et les hommes : les uns et les autres se mêlent parfois sans distinctions possibles.
Proverbes de Muad’Dib

 • Chaque civilisation doit affronter une force inconsciente susceptible d’annuler, de dévier ou de contrarier presque toute intention consciente de la collectivité.
Théorème tleilaxu (non vérifié)

 • L’avènement du bouclier de défense et du laser, dont l’interaction explosive menaçait l’attaquant au même titre que le défenseur, fut à l’origine de l’évolution actuelle de la technologie de l’armement. Nous n’insisterons pas sur le rôle particulier des atomiques. Certes, on ne peut s’empêcher d’éprouver quelque crainte en songeant que n’importe quelle Famille de notre Empire est en mesure de détruire une cinquantaine de bases d’autres Familles grâce à ses atomiques. Mais nous disposons tous de plans de représailles dévastatrices. La Guilde et le Landsraad peuvent faire échec à cette puissance. Je m’inquiète surtout du développement de certains humains considérés comme de véritables armes spéciales. Ceci ouvre, à partir de quelques pouvoirs, un domaine virtuellement sans limites.
Muad’Dib : Conférence au Collège de Guerre extraite des Chroniques de Stilgar

 • Ce n’est pas à leur création que les Empires souffrent de ne pas avoir de but, mais plus tard, lorsqu’ils sont fermement établis et que les objectifs sont oubliés et remplacés par des rites sans fondements.
Extrait de Les Dits de Muad’Dib, par la Princesse Irulan

 • La vérité souffre d’être trop analysée.
Ancienne maxime fremen

 • Pour les Fremen, elle est la Figure de la Terre, une semi-déesse dont le rôle est de protéger les tribus des effets de la violence. Elle est la Révérende Mère de toutes les Révérendes Mères. Elle représente également un pouvoir anti-mentat et les pèlerins lui demandent souvent de leur ramener virilité ou fécondité. Elle répond à ce besoin de mystère si puissant chez les êtres humains. Elle constitue la vivante preuve des limitations de l’ « analytique ». Elle est l’ultime tension, la vierge-prostituée, spirituelle, vulgaire, cruelle, dont les caprices sont aussi ravageurs qu’une tempête coriolis.
Sainte Alia du Couteau, selon le Rapport d’Irulan

 • Gouverner sur la base d’un oracle constitue le jeu le plus dangereux de l’univers. Nous ne nous considérons pas comme assez sages ou courageux pour y jouer. Les mesures rapportées ci-dessous et qui concernent des problèmes mineurs sont proches des limitations du gouvernement tel que nous le concevons. Pour définir nos buts, nous citerons le Bene Gesserit, qui considère les divers mondes comme autant de terrains génétiques, comme autant de sources d’enseignement et d’enseignants, de sources de possibles. Notre dessein n’est pas de régner mais de contrôler ces sources, d’apprendre et de nous libérer de toutes les contraintes imposées par le gouvernement et la dépendance.

De l’Orgie considérée comme un Instrument de Pouvoir Chapitre Trois du Guide du Navigateur

 • Je pense que vivre est une telle joie, et je me demande si je pourrai jamais plonger vers l’intérieur, jusqu’à la racine de cette chair afin de connaître celui que je fus. Là est la racine. Qu’un de mes actes me la découvre, cela reste caché dans le futur. Mais toutes les choses que peut faire un homme sont miennes. Chacun de mes actes peut y parvenir.
Le ghola parle. Commentaires d’Alia

 • On n’implore pas la pitié du soleil.
L’oeuvre de Muad’Dib, extrait des Commentaires de Stilgar

 • J’en ai assez de toutes ces histoires de dieu et de prêtres ! Vous croyez que je suis incapable de voir clair à travers les mythes qui m’entourent ? Hayt, réexamine tes éléments d’information. Mes rîtes se sont étendus jusqu’aux actes humains les plus élémentaires. Les gens en sont venus à manger au nom de Muad’Dib ! A faire l’amour, à naître par moi… C’est en mon nom qu’ils traversent une rue… On ne peut dresser la moindre poutre dans le plus petit village d’un monde aussi lointain que Gangishree sans invoquer la bénédiction de Muad’Dib !
Le Livre des Diatribes, extrait de la Chronique de Hayt

• La nature audacieuse des actes de Muad’Dib peut se lire dans le fait qu’il sut depuis le commencement qu’il était enchaîné, et que pourtant il ne s’écarta pas de ce sentier. Il l’exposa avec clarté lorsqu’il déclara : « Je vous dis que j’atteins maintenant le temps de mon épreuve qui montrera que je suis l’Ultime Serviteur. » Ainsi, IL nous unit tous en Un, afin qu’amis et ennemis l’adorent. C’est pour cette raison et cette raison seulement que ses Apôtres prient ainsi : « Seigneur, épargne-nous les autres sentiers que Muad’Dib recouvrit des Eaux de Sa Vie. » Ces « autres sentiers » ne sauraient être imaginés qu’avec le plus profond dégoût.
D’après le Yiam-el-D’in (Le Livre du Jugement)

 • Quel que soit le degré d’exotisme atteint par la civilisation, quels que soient les développements de l’existence et de la société ou la complexité des rapports homme/machine, il existe des interludes de pouvoir solitaire durant lesquels l’évolution de l’humanité, son avenir, dépendent des actions relativement simples de certains individus.
D’après Le Livre saint des Tleilaxu

 • Le développement de la production et celui des revenus doivent progresser au même rythme dans mon Empire. Voilà, en substance, ce que j’ordonne. Il n’y aura pas de difficultés de balance des paiements entre les diverses sphères d’influence. Simplement parce que j’ordonne qu’il en soit ainsi. Je tiens à insister sur mon autorité en ce domaine. Je suis le consommateur d’énergie suprême et le resterai, vivant ou mort. Mon Gouvernement, c’est l’économie.
L’Empereur Paul Muad’Dib : Ordre au Conseil

 • L’expression convolutée des légalismes se développe autour de la nécessité de nous masquer à nous-mêmes la violence dont nous usons envers les autres. Entre le fait de priver un homme d’une heure de sa vie et celui de le priver de la vie, il n’existe qu’une différence de degré. Dans l’un comme dans l’autre cas, nous usons de violence, nous consommons son énergie. Des euphémismes élaborés peuvent dissimuler nos intentions meurtrières mais tout usage de puissance à l’encontre d’autrui se traduit par l’ultime assomption : « Je me nourris de votre énergie.»
L’Empereur Paul Muad’Dib : Ordres aux Conseils (Addenda)

 • Tibana, apologue du Socratisme chrétien, probablement natif d’Anbus IV, vécut entre le huitième et le neuvième siècle avant la bataille de Corrino, sans doute durant le second règne de Dalamak. Seuls quelques-uns de ses écrits nous sont parvenus, dont est extraite la sentence qui suit : « Les coeurs de tous les hommes vivent en un même désert. »

Extrait du Livre de Dune d’Irulan

 • La nature continue des événements réels, en dehors de circonstances très extraordinaires, n’est pas illuminée avec précision par les pouvoirs de prescience. L’oracle ne révèle que les incidents de la chaîne historique. L’éternité se transforme. Elle subit l’influence de l’oracle comme celle des suppliants. Que les fidèles de Muad’Dib doutent de sa majesté ou de ses pouvoirs. Qu’ils nient ses visions. Que jamais ils ne doutent de l’Eternité.
Gospels de Dune

 • Il existe une limite à la force que les plus puissants eux-mêmes ne sauraient atteindre sans se détruire. L’art véritable de tout gouvernement est d’évaluer cette limite. Le mauvais usage du pouvoir constitue le péché fatal. La loi ne peut être un outil de vengeance, pas plus qu’un otage ou une barrière contre les martyrs qu’elle a pu créer. On ne peut menacer un individu et se soustraire aux conséquences.
Muad’Dib et la Loi, extrait des Commentaires de Stilgar

• Il est dit de Muad’Dib qu’il s’en est allé pour un voyage en ce pays où l’on marche sans laisser d’empreintes.
En préambule au Credo de la Qizarate


les enfants de Dune

• Le Fremen se doit de retrouver sa foi ancienne, son ancien génie de former des communautés humaines. Il doit retrouver son passé et cette leçon de survie qu’il a apprise en luttant pour Arrakis. Le seul souci d’un Fremen devrait être d’ouvrir son âme aux enseignements intérieurs. Il n’y a nul message pour lui qui puisse venir des mondes de l’Imperium, du Landsraad, de la CHOM. Ceux-là ne sauraient que lui dérober son âme.
Le Prêcheur en Arrakeen

 • Je vous donne le caméléon du désert, qui sait se confondre avec le désert et dont le pouvoir vous dit tout ce qu’il vous faut savoir quant aux racines de l’écologie et aux fondements de votre identité propre.

Le Livre des Diatribes, d’après la Chronique de Hayt

 • L’Univers est à Dieu. Il est une chose, un tout à partir duquel toutes les séparations sont identifiables. La vie transitoire, y compris cette vie consciente et raisonnante que nous qualifions d’intelligente, ne détient qu’un fragile mandat sur quelque partie que ce soit du tout.
Commentaires de la C.T.Œ(Commission des Traducteurs Oecuteniques)

 • On rapporte d’ordinaire, mon cher Georad, que l’expérience du Mélange est riche de grandes vertus naturelles. Pourtant, il subsiste en moi des doutes profonds quant à la nature vertueuse de chaque usage du Mélange. Il m’apparaît que certains, par défiance de Dieu, ont corrompu ces usages. Pour employer les termes de l’oeucumène, ils ont défiguré l’âme. Ils se satisfont d’écumer le Mélange en surface et croient ainsi atteindre à la grâce. Ils bafouent leurs amis, causant un grave tort à la déité et, en toute malice, ils déforment la signification de ce copieux présent, mutilation que tous les pouvoirs de l’homme ne sauraient réparer. Pour n’être vraiment qu’un avec la vertu de l’épice, sans corruption d’aucune sorte, investi d’honneur sans faille, un homme doit accorder ses faits et ses paroles. Lorsque vos actes dessinent une arborescence de conséquences néfastes, vous devez être jugé sur ces conséquences et non selon vos explications. C’est ainsi que nous devrions juger Muad’Dib.
L’Hérésie Pédante

 • Il faut que nous abandonnions la Théorie de la Relativité, si longtemps en honneur, ou que nous cessions de croire à la prétention de prédire continûment et exactement le futur. Assurément, connaître le futur soulève une foule de questions qui ne peuvent être résolues dans les limites des hypothèses traditionnelles, à moins que l’on n’imagine d’abord de projeter un Observateur hors du Temps et en second lieu d’abolir tout mouvement. Si l’on accepte la Théorie de la Relativité, on peut prouver que le Temps et l’Observateur doivent rester en repos l’un par rapport à l’autre, sans quoi des inexactitudes interféreront. Cela semble vouloir dire qu’il est impossible de s’engager à une prédiction exacte du futur. Mais alors, comment expliquer la quête prolongée de cet accomplissement visionnaire par des savants respectés ? Et comment, en ce cas, expliquer Muad’Dib ?
Conférences sur la prescience, par Harq al-Ada

 • J’entends le vent souffler sur le désert et je vois les lunes de la nuit d’hiver cingler dans le vide comme de grands vaisseaux. A elles, je fais serment : je serai déterminé et je ferai art du gouvernement ; j’équilibrerai l’héritage du passé et je serai le magasin idéal des souvenirs préservés. Je serai connu pour ma bonté plutôt que pour mon savoir. Mon visage illuminera les couloirs du temps aussi longtemps qu’existeront les humains.
Le Serment de Leto, d’après Harq al-Ada

 • Voici les illusions d’histoire populaire qu’une religion doit promouvoir ; les hommes mauvais jamais ne réussissent ; seuls les braves méritent le bien ; l’honnêteté est la meilleure des conduites ; les actes vont plus loin que les mots ; la vertu triomphe toujours ; un bienfait est sa propre récompense ; tout être humain mauvais peut être ramené vers le bien ; les talismans religieux protègent de la possession du démon ; seules les femelles entendent les mystères anciens ; les riches sont voués au malheur…
Extrait du Manuel d’instruction de la Missionaria Protectiva

 • Un humain sophistiqué peut devenir primitif. Cela signifie en réalité que l’existence humaine change. Les anciennes valeurs changent, sont reliées au paysage avec ses plantes et ses animaux. Cette forme de vie nouvelle exige une connaissance pratique de ce réseau complexe d’événements simultanés que l’on désigne sous le nom de nature. Elle exige une dose de respect pour la puissance d’inertie de tels systèmes naturels. Lorsqu’un humain acquiert cette connaissance pratique et ce respect, c’est alors qu’on le dit « primitif ». Le contraire, bien sûr, est également vrai : le primitif peut devenir sophistiqué, mais non sans subir d’effroyables dommages psychiques.
Le Commentaire de Leto, d’après Harq- al-Ada

 • Voici l’oeuvre de Muad’Dib : il vit dans la réserve subliminale de chaque individu une banque mémorielle inconsciente dont l’acquis remontait à la cellule primitive de notre genèse commune. Chacun d’entre nous, dit-il, peut mesurer la distance qui le sépare de cette origine commune. Il vit cela, il le révéla et accomplit le bond audacieux de la décision. Il se fixa pour tâche d’intégrer la mémoire génétique dans l’évaluation de l’évolution. Ainsi, il franchit les rideaux du Temps, il fit de l’avenir et du passé une seule et même chose. Telle fut la création de Muad’Dib incarnée dans son fils et dans sa fille.
Le Testament d’Arrakis, par Harq- al-Ada

 • Et il eut la vision d’une armure. Elle n’était pas sa propre peau, elle était plus solide que le plastacier. Rien ne pouvait la pénétrer cette armure, ni le couteau, ni le poison, ni le sable, ni même la poussière du désert ou sa chaleur desséchante. Dans sa main droite, il enserrait la puissance de la tempête Coriolis, il pouvait faire trembler la terre et l’éroder jusqu’à la nudité. Ses yeux étaient fixés sur le Sentier d’Or et, dans sa main gauche était le sceptre du pouvoir absolu. Au-delà du Sentier d’Or, ses yeux voyaient l’éternité, et il savait que l’éternité était la nourriture de son âme et de sa chair éternelle.
Heighia, le Rêve de Mon Frère, d’après Le Livre de Ghanima

 • L’atrocité est reconnue comme telle par la victime tout autant que par ceux qui ont connaissance à quelque degré que ce soit. L’atrocité n’a pas d’excuse, pas de circonstance atténuante. Jamais elle n’équilibre ni ne corrige le passé. Elle ne fait qu’armer l’avenir pour d’autres atrocités. Elle se perpétue d’elle-même selon une forme barbare d’inceste. Quiconque commet une atrocité commet toutes les atrocités futures ainsi engendrées.
Les Apocryphes de Muad’Dib

 • Je ne répondrai pas aux Fremen qui prétendent à l’inspiration divine pour propager la révélation religieuse. C’est leur prétention parallèle à une révélation idéologique qui m’inspire, moi, la dérision dont je les douche. Bien sûr, ils avancent cette double prétention avec l’espoir que leur mandarinat en sera renforcé et qu’ils pourront encore durer dans un univers qui ne veut plus supporter leur oppression. C’est au nom de tous les peuples opprimés que je lance cet avertissement aux Fremen : l’opportunisme à court terme échoue toujours à long terme.
Le Prêcheur en Arrakeen

 • La vie d’un humain, tout comme la vie d’une famille ou celle de tout un peuple, persiste en tant que mémoire. Mon peuple doit en venir à considérer cela comme faisant partie de son processus de maturation. Il constitue un organisme et, par cette mémoire persistante, il accumule ses expériences dans un réservoir subliminal. L’humanité espère pouvoir utiliser si besoin est ce matériau dans un univers changeant. Mais une grande part de ce qui est stocké dans ce réservoir peut être perdue par ce jeu de hasard accidentel que nous appelons « le destin ». Une autre grande part peut ne pas être intégrée aux relations évolutionnaires ; ainsi, elle ne peut pas être évaluée et activée par ces modifications permanentes de l’environnement qui affectent la chair. L’espèce peut oublier ! Voici la valeur spéciale du Kwisatz Haderach que le Bene Gesserit n’a jamais soupçonnée ; le Kwisatz Haderach ne peut oublier.
Le Livre de Leto, d’après Harq al-Ada

 • Lorsqu’un Fremen, trop longtemps, se trouve éloigné du désert, il meurt ; nous disons que c’est « le mal de l’eau ».
Les Commentaires de Stilgar

 • Le postulat selon lequel les humains vivent dans un univers fondamentalement impermanent, s’il est considéré comme un précepte opératoire, exige que l’intellect devienne un instrument d’équilibration totalement conscient. Mais l’intellect ne peut réagir de la sorte sans impliquer l’organisme entier. Un tel organisme pourrait être décelé à son comportement ardent et tendu vers une fin. Ainsi en est-il avec une société considérée comme un organisme. Mais nous affrontons ici une vieille inertie. Les sociétés sont mues par des impulsions anciennes, réactionnelles. Elles demandent la permanence. Toute tentative pour révéler l’univers de l’impermanence éveille des schèmes de rejet, de peur, de colère et de désespoir. Comment, dès lors, expliquer l’acceptation de la prescience ? Simplement ainsi : celui qui livre ses visions prescientes, parce qu’il évoque un futur absolu (permanent), peut être accueilli avec allégresse par l’humanité même quand il prédit les plus funestes événements.
Le Livre de Leto, d’après Hard al-Ada

 • Un bon gouvernement ne dépend jamais des lois, mais des qualités personnelles de ceux qui gouvernent. La machine gouvernementale est toujours subordonnée à la volonté de ceux qui l’administrent. Il s’ensuit donc que l’élément le plus important de l’art du gouvernement est la méthode selon laquelle les chefs sont choisis.
Loi et Gouvernement, Manuel de la Guilde Spatiale

 • Telle est l’erreur du pouvoir : il ne s’exerce, en définitive, que dans un absolu, un univers limité. Mais la grande leçon de notre univers relativiste est que les choses changent. Tout pouvoir doit toujours affronter un pouvoir plus grand. Paul Muad’Dib enseigna cette leçon aux Sardaukar dans les plaines d’Arrakeen. Ses descendants ont encore à l’apprendre pour leur compte.
Le Prêcheur en Arrakeen

 • Quand je suis plus faible que vous, je vous demande la liberté car cela s’accorde à vos principes ; quand je suis plus fort que vous, je prends votre liberté car cela s’accorde à mes principes.
Paroles d’un philosophe ancien, attribuées par Harq al-Ada à un certain Louis Veuillot

 • Vous autres, Bene Gesserit, vous avez donné à votre activité de Panoplia Prophetica le nom de « Science de la Religion ». Très bien. Moi, chercheur héritier d’un autre genre de scientifique, je trouve cette définition appropriée. Bien sûr, vous édifiez vos propres mythes, mais ainsi font toutes les sociétés. Cependant, je dois vous avertir. Vous agissez comme bien d’autres scientifiques abusés l’ont fait avant vous. Vos actions révèlent que vous cherchez à prendre (arracher) quelque chose à la vie. Il est temps de vous rappeler ce que vous avez si souvent professé : on ne peut avoir une seule chose sans son contraire.
Le Prêcheur en Arrakeen, Un Message aux Soeurs

 • L’univers est simplement là : c’est la seule manière dont un Feydakin puisse le voir et rester maître de ses sens. L’univers ne menace ni ne promet. Il contient des choses qui échappent à notre influence : la chute d’un météore, l’éruption d’épice, la vieillesse et la mort. Telles sont réalités de l’univers et il faut les affronter sans se soucier de ce que l’on ressent à leur propos. On ne peut les écarter par des mots. Elles n’auront pas de mots quand elles viendront à vous et alors, alors vous comprendrez ce que l’on entend par « la vie et la mort ». Et, comprenant cela, vous serez plein de joie.
Muad’Dib à son Feydakin

 • On rapporte que Muad’Dib, apercevant une herbe qui tentait de croître entre deux rochers, écarta l’un des rochers. Plus tard, lorsqu’il apprit que l’herbe était florissante, il vint et la recouvrit du deuxième rocher. « Tel était son destin », expliqua-t-il.
Les Commentaires de Stilgar

 • Les gouvernements, lorsqu’ils durent, tendent toujours vers des formes aristocratiques. Aucun gouvernement de l’histoire n’a échappé à ce processus. Et, au fur et à mesure du développement de l’aristocratie, le gouvernement a de plus en plus tendance à n’agir exclusivement que dans l’intérêt de la classe dirigeante, que celle-ci soit une royauté héréditaire, une olligarchie fondée sur des empires financiers ou une bureaucratie installée.
De la politique considérée comme un phénomène répétitif : Manuel d’entraînement Bene Gesserit

 • En cet âge où les humains disposent de moyens de transport capables de traverser les profondeurs de l’espace hors-temps ou de survoler des surfaces planétaires virtuellement infranchissables, l’idée d’entreprendre de longs voyages à pied semble étrange. Pourtant, la marche demeure le premier moyen de locomotion sur Arrakis. On attribue ce fait aussi bien à un choix délibéré qu’aux rudes traitements que cette planète réserve à toute espèce de mécanique. Dans les rigueurs d’Arrakis, la chair de l’homme est le recours le plus durable et le plus sûr du Hajj. Peut-être est-ce là la conscience implicite de ce fait qui explique qu’Arrakis soit l’ultime miroir de l’âme.
Guide du Hajj

 • Dans toutes les forces socialisantes majeures vous trouverez un mouvement sous-jacent visant à gagner et à conserver le pouvoir par l’usage des mots. C’est le même phénomène, du docteur-miracle au bureaucrate en passant par le prêtre. La masse gouvernée doit être conditionnée afin d’accepter les mots-pouvoir comme des choses réelles, afin de confondre le système symbolisé avec l’univers tangible. Dans le maintien d’une telle structure de pouvoir, certains symboles sont tenus à l’écart de la commune compréhension, tels ceux qui ont trait à la manipulation économique ou encore ceux qui définissent l’interprétation locale de la santé mentale. De tels secrets quant aux symboles conduisent au développement de sous-langages fragmentaires, chacun signalant que ses utilisateurs accumulent une certaine forme de puissance. Avertie de ce processus de création de pouvoir, notre Force de Sécurité Impériale devrait être constamment attentive à la naissance de tels sub-langages.
Conférences au Collège de Guerre d’Arrakeen, par la Princesse Irulan

 • Le mot de passe me fut donné par un homme qui est mort dans les oubliettes d’Arrakeen. C’est là, d’ailleurs, que j’ai trouvé cette bague en forme de tortue. C’était dans le suk, à l’extérieur de la ville, là où les rebelles se cachaient. Le mot de passe ? Oh ! il a changé bien des fois depuis… C’était « persistance ». Et la réponse était « tortue ». C’est grâce à ça que je m’en suis tiré vivant. C’est pour ça que j’ai acheté une bague : c’est un souvenir.
T’agir Mohandis : Conversations avec un ami

 • J’ai vu son sang et un fragment de sa robe qui avait été lacéré par des griffes. Sa soeur nous a raconté en détail l’attaque des tigres. Nous avons interrogé l’un des conspirateurs, et d’autres sont morts ou bien détenus. Tous les éléments tendent à présumer un complot de la Maison de Corrino. Un Diseur de Vérité est garant de ce témoignage.
Rapport de Stilgar à la Commission du Landsraad

 • Avant toute chose, le mentat doit être un généraliste, et non un spécialiste. Il est sage que, dans les moments importants, les décisions soient supervisées par des généralistes. Les experts et les spécialistes vous conduisent rapidement au chaos. Chasseurs de poux vétilleux, ils sont une source intarissable de chicaneries inutiles. Le mentat-généraliste, d’un autre côté, doit apporter un solide bon sens à ses décisions. Il ne doit pas se couper du courant principal des événements de l’univers. Il doit demeurer capable de déclarer : « Pour le moment, il n’y a pas de vrai mystère. Ceci est ce que nous voulons maintenant. Cela peut apparaître faux plus tard, mais nous ferons les corrections nécessaires quand le moment sera venu. » Le mentat-généraliste doit comprendre que tout ce que nous pouvons identifier comme étant notre univers fait simplement partie de phénomènes plus vastes. L’expert, au contraire, regarde en arrière, dans les catégories étroites de sa propre spécialité. Le généraliste, lui, regarde au loin ; il cherche des principes vivants, sachant pertinemment que de tels principes changent, qu’ils se développent. Le mentat-généraliste regarde les caractéristiques du changement lui-même. Il ne peut exister de catalogue permanent pour de tels changements, aucun traité ou manuel. C’est sans préconception qu’il faut les regarder, tout en se demandant : « Que fait cette chose ? »
Le Guide du Mentat

 • La vue borgne de notre univers vous dit que vous ne devez pas chercher des problèmes loin dans les champs. De tels problèmes pourraient ne jamais se poser. Surveillez plutôt le loup qui a franchi la clôture. Les meutes qui courent au-dehors pourraient bien ne pas exister.
Le Livre d’Azhar : Shamra 1-4

 • Ce n’est pas dans le domaine des mathématiques que vous comprendrez la vision précise du futur de Muad’Dib. Ainsi : postulons un nombre quelconque de dimensions du point dans l’espace (c’est le classique agrégat étendu à n-plis, un agrégat à n-dimensions). Partant de cette structure, le Temps que nous concevons communément devient un agrégat de propriétés unidimensionnelles. Si l’on applique cette conception au phénomène de Muad’Dib, soit on se trouve confronté à de nouvelles propriétés du Temps, soit encore (à l’aide d’une réduction par le calcul infinitésimal) nous avons affaire à des systèmes distincts qui comprennent n-propriétés d’objets. Nous retiendrons cette dernière hypothèse pour ce qui est de Muad’Dib. Comme la réduction le démontre, les dimensions de l’espace à n-plis ont nécessairement une existence distincte dans différentes structures de Temps. On démontre ainsi la coexistence de dimensions distinctes du Temps. Cela constituant une conclusion inévitable, les prédictions de Muad’Dib impliquaient qu’il perçoive l’espace à n-plis non comme un agrégat étendu, mais comme une opération à l’intérieur d’une seule structure. Par suite, il a figé son univers dans cette structure particulière qui correspondait à sa vision du Temps.
Palimbasha : Conférences au Sietch Tabr

 • Nous pouvons encore nous souvenir des jours dorés qui précédèrent Heisenberg, qui montra aux humains les murs qui enfermaient leurs arguments prédestinés. Les vies que je porte en moi trouvent cela amusant. La connaissance, voyez-vous, est inutile si elle n’a pas de but, mais c’est justement le but qui édifie les murs.
Leto Atréides II : Sa Voix

 • Quand vous croyez à certains mots, vous croyez à leurs arguments cachés. Quand vous croyez que quelque chose est exacte ou faux, juste ou injuste, vous croyez aux hypothèses contenues dans les mots qui expriment les arguments. De telles hypothèses sont souvent pleines de trous, mais elles ont la qualité précieuse de convaincre.
La Preuve Ouverte. Extrait de la Panoplia Prophetica

 • A cause de cette conscience unidirectionnelle du Temps dans laquelle reste immergé l’esprit conventionnel, les humains tendent à considérer toute chose selon un schéma continu défini par les mots. Ce piège mental produit des concepts d’efficacité et de conséquences à très court terme, et engendre une condition de réactions invariables et non préparées à toute crise.
Liet-Kynes : Le Précis d’Arrakis

 • Dans la prochaine phase de votre éducation mentat, vous apprendrez les méthodes de communication intégrée. Il s’agit d’une fonction gestalt qui recouvrira les canaux d’information dans votre conscience, afin de traiter les questions complexes et les masses de données provenant des techniques de l’index-catalogue mentat que vous avez déjà maîtrisées. Les tensions de rupture introduites par l’assemblage divergent d’informations sur des détails, et des sujets spécialisés seront votre problème initial. Soyez-en avertis. Sans l’intégration mentat sous-jacente, vous risquez d’être submergés par le Problème de Babel, qui est le nom que nous donnons au danger omniprésent de parvenir à des combinaisons erronées à partir d’une combinaison exacte.
Le Guide du Mentat

 • Nombreuses furent les factions qui cherchèrent à s’assurer le contrôle des jumeaux Atréides et, à l’annonce de la mort de Leto, le jeu des complots se trouva encore accéléré. Notons les motivations relatives : les Sœurs redoutaient Alia, Abomination adulte, mais continuaient de convoiter les caractéristiques génétiques dont les Atréides étaient les dépositaires. La hiérarchie de l’Eglise de l’Auqaf et du Hajj n’était intéressée que par le pouvoir implicite assuré par le contrôle de l’héritière de Muad’Dib. La CHOM ne désirait qu’un moyen d’accéder à la richesse de Dune. Farad’n et ses Sardaukar voulaient restaurer la gloire de la Maison de Corrino. La Guilde Spatiale craignait l’équation Arrakis = Mélange. Sans l’épice, ses navigateurs ne pouvaient être. Quant à Jessica, elle souhaitait réparer ce qu’avait provoqué sa désobéissance au Bene Gesserit. Peu nombreux furent ceux qui s’interrogèrent quant aux jumeaux et à leurs plans, jusqu’au moment où il fut trop tard.
Le Livre de Kreos

 • Il n’y a pas de culpabilité ni d’innocence en vous. Tout cela est le passé… La culpabilité s’acharne sur les morts et je ne suis pas le Marteau de Fer. Vous qui êtes la multitude des morts, vous n’êtes qu’autant de gens qui ont accompli certaines choses et c’est le souvenir de ces choses qui éclaire notre chemin.
Leto II à ses vies-mémoires, d’après Harq al-Ada

 • Périodiquement, l’humanité connaît une accélération de ses activités, retrouvant ainsi la compétition entre la vitalité renouvelable du vivant et l’attirante viciation de la décadence. Dans cette course périodique, toute pause est un luxe. Alors seulement on peut se dire que tout est permis, que tout est possible.
L’Apocryphe de Muad’Dib

 • La sélection naturelle a été décrite comme un tri sélectif par l’environnement de ceux qui auront une progéniture. En ce qui concerne les humains, cependant, ce point de vue apparaît très limitatif. La reproduction par le sexe tend à l’innovation et à l’expérimentation. Cela soulève bien des questions, entre autres celle, très ancienne, de savoir si l’environnement est un agent sélectif qui intervient après les variations, ou bien s’il joue un rôle présélectif en déterminant les variations qu’il crible. Dune ne répondit pas vraiment à ces questions. Elle en posa simplement d’autres auxquelles Leto et les Soeurs pourraient tenter de répondre durant les cinq cents prochaines générations.
La catastrophe de Dune, d’après Harq al-Ada

 • La paix exige des solutions, mais nous ne parvenons jamais à des solutions vivantes, nous ne faisons qu’oeuvrer dans leur direction. Une solution définitive est par définition une solution morte. Le défaut majeur de la paix est qu’elle tend à punir les fautes plutôt qu’à récompenser la valeur.
Les Paroles de Mon Père : Relation de Muad’Dib retranscrite par Harq al-Ada

 • Ce mausolée de rocs qui recouvre le crâne de celui qui régna ne mérite nulle prière. Il est maintenant le tombeau des lamentations. Seul le vent entend la voix de ce lieu. Les plaintes des créatures de la nuit et le miracle des deux lunes disent que ce jour s’est achevé. Il ne vient plus de suppliants. Les invités ont déserté la fête. Comme il est nu le sentier qui descend de la montagne.
Poème au Mausolée d’un Duc Atréides. Anonyme

 • Dans tout système planétaire, il existe d’évidentes influences d’ordre supérieur. Cela est surtout prouvé par l’introduction de formes de vie terraformée sur les planètes nouvellement découvertes. Dans tous les cas observés, la vie, dans des zones similaires, développe des formes d’adaptation absolument similaires. Par forme, nous entendons plus que la forme physique. Cela concerne aussi l’organisation de survie et les rapports de telles organisations entre elles. L’exploration de cette structure d’interdépendance et de la place qu’elle y occupe est, pour l’humanité, une nécessité profonde. Cette exploration peut, cependant, être pervertie par une fixation de type conservatif à la ressemblance. Ce qui a toujours été fatal à l’ensemble du système.
La Catastrophe de Dune, d’après Harq Al-Ada

 • Ce que vous, administrateurs de la CHOM, semblez incapables de comprendre, c’est que les loyautés réelles ne se rencontrent que rarement dans le commerce. Depuis quand avez-vous entendu dire qu’un employé avait donné sa vie pour la compagnie ? Votre faiblesse réside peut-être dans le fait que vous supposez faussement qu’il est possible d’ordonner aux hommes de penser et de coopérer. Cela, aux cours de l’histoire, a entraîné la faillite des religions comme celle des états-majors. Les états-majors sont bien connus pour avoir ruiné leurs propres nations. Quant aux religions, je vous recommande de relire Thomas d’Aquin. Quant à vous, la CHOM, à quelles absurdités ne croyez-vous pas ! Les hommes doivent désirer accomplir des choses en accord avec les pulsions profondes. Ce sont les gens, et non les organisations commerciales ou les hiérarchies, qui font la réussite des grandes civilisations. Chaque civilisation dépend de la qualité des individus qu’elle produit. Si vous sur-organisez les humains, si vous les sur-légalisez, si vous supprimez leur élan vers la grandeur – alors ils ne peuvent œuvrer et les civilisations s’effondrent.
Une lettre à la CHOM attribuée au Prêcheur

 • Le futur de la prescience ne peut être toujours enfermé dans les règles du passé. Les fils de l’existence s’enchevêtrent selon de nombreuses lois inconnues. Le futur prescient s’appuie sur ses lois propres. Il ne se conforme ni aux enseignements du Zensunni ni à ceux de la science. La prescience édifie une intégrité relative. Elle requiert l’oeuvre de cet instant, nous avertissant toujours que l’on ne peut tramer chaque fil dans le tissu du passé.
Kalima : Les Paroles de Muad’Dib. Commentaire de Shuloch

 • Tout discours fremen suppose une grande concision et un sens précis de l’expression. Tout discours fremen est dominé par l’illusion des absolus. Ses hypothèses forment un terrain fertile pour les religions absolutistes. De plus, les Fremen sont des moralisateurs nés. A la terrifiante instabilité de toute chose, ils opposent des assertions institutionnalisées. Ils disent : « Nous savons qu’il n’existe nul summum de la connaissance possible, que c’est le fait de Dieu. Mais ce que les hommes peuvent apprendre, ils peuvent le contenir. » De cette approche aiguisée de l’univers, ils ont tiré une croyance fantastique dans les présages, les signes et dans leur propre destinée. Ceci est une des origines de leur légende de Krazilec, la guerre aux confins de l’univers.
Rapports Confidentiels du Bene Gesserit : folio 800881

 • L’esprit de Muad’Dib est plus fort que des mots, plus que la lettre de la Loi établie en son nom. Muad’Dib doit rester cet outrage intérieur contre la complaisance du puissant, contre les charlatans et les fanatiques dogmatiques. C’est cet outrage intérieur qui doit dire son mot car Muad’Dib nous a enseigné une chose entre toutes : que les humains ne peuvent survivre que dans une fraternité de justice sociale.
La Convention Feydakin

 • Les limites de la survie sont définies par le climat, dont la lente tendance au changement peut passer inaperçue d’une génération. Et ce sont les extrêmes d’un climat qui définissent la Structure. Des humains isolés peuvent observer des provinces climatiques, des fluctuations du temps sur une année et, occasionnellement, remarquer : « C’est l’année la plus froide que j’aie connue. » Ces choses sont perceptibles. Mais les humains sont rarement sensibles à la variation de la moyenne sur un grand nombre d’années. Et c’est précisément en développant cette sensibilité que les humains apprennent à survivre sur une planète. Ils doivent apprendre le climat.
Arrakis, la Transformation, d’après Harq al-Ada

 • Les Fremen furent les premiers humains qui développèrent une symbolique consciente et inconsciente par laquelle exprimer (en termes d’expérience) les mouvements et les relations de leur système planétaire. Ils furent le premier peuple de l’univers à décrire le climat dans les termes d’un langage semi-mathématique dont les symboles écrits incarnent (et intériorisent) les relations avec l’extérieur. Ce langage lui-même était partie intégrante du système qu’il décrivait. La connaissance intime des conditions locales propres à supporter la vie était implicite dans ce développement. On peut évaluer l’étendue de l’interaction entre le système et le langage en prenant en considération le fait que les Fremen acceptaient de se décrire eux-mêmes comme des animaux fourrageant et broutant.
Histoire de Liet-Kynes, par Harq al-Ada

 • Se fondant sur les Fremen, les Planétologistes voient la vie comme un ensemble de manifestations de l’énergie et cherchent les relations dominantes. Par petits morceaux, fragments et parcelles qui évoluent vers une compréhension générale, la sagesse raciale fremen est transcrite en une nouvelle certitude. Ce que les Fremen possèdent en tant que peuple, n’importe quel peuple peut le posséder. Il lui faut seulement développer un sens des relations d’énergie. Il lui faut seulement observer que l’énergie absorbe les structures des choses et construit avec ces structures.
La catastrophe de Dune, d’après Harq al-Ada

 • Tout chemin qui rétrécit les possibilités futures peut devenir un piège mortel. Les humains ne progressent pas dans un labyrinthe, ils explorent un horizon vaste empli d’occasions uniques. Seules des créatures vivant le nez enfoui dans le sable peuvent être attirées par la perspective rétrécie du labyrinthe. L’originalité et les différences produites par le sexe sont la protection vitale des espèces.
Manuel de la Guilde Spatiale

 • Par de telles actions, Leto II se retrancha de la chaîne de l’évolution. Il le fit d’un mouvement délibéré qui coupa ses liens d’avec ses origines, disant : « L’indépendance implique la rupture. » La perception des deux jumeaux s’étendait bien au-delà des besoins de la mémoire, considérée comme une procédure d’évaluation, en l’occurrence un moyen de déterminer la distance qui les séparait de leurs origines humaines. Mais il revint à Leto II l’audace suprême qui consistait à reconnaître que toute vraie création est indépendante de son créateur. Il refusa de reconduire l’ordre naturel de l’évolution, disant : « Par cela aussi, je m’écarte de plus en plus loin, et plus loin encore, de l’humanité. » Il en distingua clairement les conclusions implicites : il ne peut exister de systèmes rigoureusement clos.
La Métamorphose Sainte, par Harq al-Ada

 • Muad’Dib fut déshérité et il parla pour les déshérités de tous les temps. Il s’éleva contre cette profonde injustice qui aliène l’individu de tout ce qu’on lui a appris à croire, de ce qui semble lui revenir comme un droit.
Le Madhinat : une analyse, par Harq al-Ada

 • L’Eglise et l’Etat, la raison scientifique et la foi, l’individu et sa communauté, et même le progrès et la tradition – tout peut être réconcilié dans les enseignements de Muad’Dib. Il nous a appris qu’il n’existait pas d’oppositions absolues, si ce n’est dans les croyances des hommes. Chacun peut déchirer le voile du Temps. Vous pouvez découvrir l’avenir dans le passé ou dans votre imagination. Et, ce faisant, vous reconquérez votre conscience, au-dedans de votre être. Vous savez alors que l’univers forme un tout cohérent et que vous en êtes indivisible.
Le Prêcheur en Arrakeen, d’après Harq al-Ada

 • Muad’Dib nous a donné une connaissance particulière de la perception prophétique, du comportement suscité par cette perception et de son influence sur des événements que l’on voit « directement » (c’est-à-dire, des événements destinés à se produire dans un système connexe que le prophète révèle et interprète). Ainsi qu’on l’a noté par ailleurs, une telle perception se comporte comme un piège particulier pour le prophète lui-même. Il peut être la victime de ce qu’il sait, ce qui est un défaut humain relativement commun. Le danger tient au fait que ceux qui prédisent des événements réels peuvent négliger l’effet polarisant d’une trop grande confiance dans leur vérité propre. Ils tendent à oublier que, dans un univers polarisé, rien ne saurait exister sans son contraire.
La Vision Presciente, par Harq al-Ada

 • L’enfant qui refuse de voyager dans le harnais du père est le symbole de la suprême capacité de l’homme. « Je n’ai pas à être ce qu’a été mon père. Je n’ai pas à obéir aux règles de mon père ni même à croire en tout ce qu’il croyait. En tant qu’humain, ma force est de pouvoir faire mes propres choix quant à ce que je crois et ce que je ne crois pas, quant à ce que je dois être et ce que je dois ne pas être.»
Leto Atréides II. Biographie de Harq al-Ada

 • L’hypothèse selon laquelle le fonctionnement d’un système peut être amélioré par une intervention brutale sur ses éléments conscients traduit une dangereuse ignorance. Cette attitude fut trop souvent celle des esprits qui se qualifient des épithètes de « scientifiques » et de « technologues ».
Le Jihad Butlérien, par Harq al-Ada

 • Comme tant d’autres religions, l’Elixir d’Or de la Vie de Muad’Dib dégénéra en sorcellerie. Ses signes mystiques devinrent les simples symboles de processus psychologiques profonds. Et ces processus, bien sûr, se développèrent sans frein. Ils avaient besoin d’un dieu vivant, alors même qu’ils n’en avaient aucun, une situation que le fils de Muad’Dib devait corriger.
Déclaration attribuée à Lu Tung-pin (Lu, l’Invité de la Caverne)

L’empreur dieu de Dune

(Tous ces textes appartiennet aux Mémoires Volée… ou presques)

• Je suis né ce matin dans une yourte en bordure de la plaine équine sur un territoire d’une planète qui n’existe plus. Demain, je naîtrai ailleurs dans la peau de quelqu’un d’autre. Je n’ai pas encore décidé. Mais aujourd’hui… aaah, cette vie ! Dès que mes yeux ont appris à fixer, j’ai vu le soleil luire sur l’herbe piétinée, j’ai vu un peuple vigoureux se livrer aux occupations d’une douce existence. Où… mais où donc est passée toute cette vigueur ?

 • Je suis le plus ardent des observateurs d’hommes qui ait jamais existé. Je les observe à l’intérieur comme à l’extérieur de moi. Passé et présent se mêlent parfois en moi en m’imposant d’étranges contraintes. Et à mesure que la métamorphose continue dans ma chair, de merveilleuses choses arrivent à mes sens. J’ai l’impression de tout percevoir en gros plan. Mon ouïe et ma vision sont extrêmement développés. Mon odorat a un pouvoir séparateur extraordinaire. Il détecte et identifie des phéromones dans la proportion de trois pour un million. Je le sais, j’ai fait plusieurs tests. En vérité, il n’y a pas grand-chose qu’on puisse cacher à mes sens. Je crois que vous seriez horrifiés si vous saviez vraiment ce que je suis capable de déceler rien qu’à l’odorat. Vos phéromones me renseignent sur ce que vous êtes en train de faire ou ce que vous vous préparez à faire. Ne parlons pas des postures ou des gestes ! Je suis resté une fois une demi-journée à observer un vieillard sur un banc dans un jardin d’Arrakeen. C’était un descendant de la cinquième génération de Stilgar le Naib, et il ne le savait même pas. J’étudiai à loisir l’implantation de son cou, les replis cutanés sous son menton, ses lèvres fendillées et les mucosités de ses narines, les pores sous ses oreilles et les mèches blanches qui dépassaient du capuchon de son antique distille. Pas une seule fois il ne s’est douté qu’on le détaillait. Ha ! Son ancêtre Stilgar aurait mis une seconde ou deux à s’en apercevoir. Mais le vieillard attendait simplement quelqu’un qui n’est jamais venu. Il s’est finalement levé pour s’éloigner d’un pas chancelant. Il était quelque peu engourdi d’être resté assis tout ce temps. Je savais que je n’avais aucune chance de le revoir en chair et en os. Il était trop près de la mort, et son eau allait être immanquablement gaspillée. Mais cela n’avait désormais aucune importance.

 • Ah ! toutes les contrées que j’ai parcourues ! Ah ! tous les gens que j’ai connus ! Les longues pérégrinations des Fremen, et le reste. Jusqu’aux mythes de l’ancienne Terre. Ah ! les leçons en astronomie, en intrigues, les migrations, les fuites échevelées, les courses à perdre haleine et les jambes dans les nuits si nombreuses de tous les grains de poussière cosmique où nous avons défendu notre forme éphémère : Je vous le dis, nous sommes un prodige, et là-dessus mes souvenirs ne laissent aucun doute.

 • Parfois, je me livre à des safaris à nul autre accessibles. Je remonte vers l’intérieur l’axe de mes souvenirs. Comme un écolier racontant ses vacances, je choisis mon sujet. Disons… les intellectuelles ! Je remonte encore jusqu’à l’océan qui constitue mes ancêtres. Je suis un gros poisson ailé évoluant dans les abysses. La bouche de mes perceptions s’ouvre toute grande et je les engloutis ! Parfois… parfois, je pars à la recherche de personnes précises figurant dans nos livres d’histoire. Quelle joie intime, de revivre la vie de l’une d’elles tout en me riant des prétentions académiques censées former une biographie célèbre !

 • Toi qui es le premier, depuis quatre mille ans au moins, à faire connaissance avec ma chronique, prends garde. Ne te crois pas privilégié de lire avant tout le monde les révélations de mon magasin d’IX. Tu y trouveras matière à beaucoup de douleur. A part quelques coups d’œil indispensables pour m’assurer de la continuité du Sentier d’Or, je n’ai jamais voulu prolonger mon regard au-delà de ces quatre millénaires. Par conséquent, j’ignore quelle signification exacte pourront revêtir à ton époque les événements relatés dans ces mémoires. Je sais seulement que mes écrits ont été oubliés et que les faits qui y sont rapportés ont sans nul doute été soumis à la distorsion historique depuis une éternité. Je puis t’assurer que la capacité de discerner les routes de nos avenirs devient quelquefois fastidieuse. De même qu’être considéré comme un dieu, comme je l’étais sans conteste, peut être une source d’indescriptible lassitude. Il m’est plus d’une fois venu à l’idée que l’ennui divin était une raison valable et suffisante pour que soit inventé le libre arbitre.
Inscription figurant à l’entrée de la Chambre de Conservation à Dar-es-Balat

 • Vos ennemis vous renforcent.
Vos alliés vous affaiblissent.
Je vous dis cela dans l’espoir que cela vous aidera un peu à comprendre le sens de mes actions alors même que je sais parfaitement que des forces immenses s’accumulent dans mon empire, avec ma destruction pour unique objectif. Vous qui lisez ces mots, vous savez peut-être ce qui s’est passé en réalité, mais je doute que vous le compreniez vraiment.

 • Certains voudraient faire croire que je n’ai pas de conscience. Ils se trompent eux-mêmes autant qu’ils trompent les autres. Je suis la seule conscience qui ait jamais existé. De même que le vin retient le parfum du tonneau, je conserve l’essence de ma très ancienne genèse et c’est là le germe de toute conscience. Par là même, je suis sacré. Je suis Dieu parce que je suis le seul à connaître vraiment mon hérédité !

 • Souvenez-vous que j’ai ici en moi à ma disposition tous les témoignages d’experts de notre passé historique. C’est là le fonds où je puise mon énergie quand je dois faire face à la mentalité guerrière. Celui qui n’a pas entendu les lamentations des blessés et les cris d’agonie sur les champs de bataille ne connaît rien à la guerre. J’ai entendu tant de ces cris qu’ils me hantent. J’ai moi-même gémi à l’issue du combat. J’ai reçu des blessures à toutes les époques. Blessure par poing, bâton, caillou, gourdin incrusté de coquillages ou épée de bronze, fléau ou canon, flèche ou laser, sans oublier les suffocantes retombées de poussière atomique, les invasions biologiques noircissant la langue et rongeant les poumons, le bref jaillissement de la flamme qui tue et l’action insidieuse du poison lent… Je pourrais en dire davantage ! J’ai tout vu et tout éprouvé. A ceux qui osent me demander pourquoi je me comporte comme je le fais, je réponds : avec les souvenirs que j’ai, je ne peux agir autrement. Je ne suis pas un lâche et j’ai été jadis humain.

 • Ton Seigneur sait très bien ce qu’il y a dans ton coeur. Ton âme lui suffit comme indicateur. Il n’a pas besoin de témoins contre toi, qui n’écoutes pas ton âme mais ton dépit et ta rage.
Paroles du Seigneur Leto à un Pénitent, tirées de l’Histoire Orale

 • Pour aussi étrange que cela puisse paraître, les grands combats tels que vous voyez émerger des pages de ces mémoires ne sont pas toujours visibles à leurs participants. Bien des choses dépendent de ce que les gens rêvent dans le secret de leur cœur. Je me suis toujours intéressé autant à l’élaboration des rêves qu’à celle des actions. Entre les lignes de ces mémoires apparaît le combat avec la vision que l’humanité a d’elle-même – un combat âpre sur un terrain où des pulsions surgies de notre plus sombre passé peuvent se transformer en une réalité à laquelle nous serons obligés non seulement d’assister mais de nous mesurer. C’est l’hydre qui attaque toujours du côté où l’on est sans défense. Je prie, par conséquent, pour que, après avoir traversé mon segment du Sentier d’Or, vous ne soyez plus d’innocents enfants qui dansent sur une musique dont ils n’entendent pas le son.

 • Les Duncan trouvent toujours étrange que j’aie préféré utiliser des femmes dans mes forces de combat. Mes Truitesses, en fait, ne sont ni plus, ni moins qu’une armée provisoire. Tout en étant capables de beaucoup de violence et de hargne, les femmes différent profondément des hommes dans leur engagement au combat. Le berceau de la genèse les prédispose en définitive à un comportement plus protecteur de la vie. Elles ont suffisamment prouvé qu’elles étaient les meilleures gardiennes du Sentier d’Or, aptitude que je ne cesse de cultiver au cours de leur période de formation. Pendant un temps, elles sont tenues à l’écart des activités de partage qu’elles pourront se remémorer avec joie durant le reste de leur existence. Elles atteignent leur majorité en compagnie de leurs sœurs et cela les prépare à des circonstances plus profondes. Le partage, en ces occasions, est toujours une préparation à quelque chose de plus grand. La brume de la nostalgie enveloppera ces journées passées au milieu de leurs sœurs et les transformera en quelque chose de plus que ce qu’elles furent réellement. C’est ainsi que le présent modifie l’histoire. Tous les contemporains ne résident pas dans la même période. Le passé évolue continuellement mais rares sont ceux qui s’en aperçoivent.

 • Je mesure le mal qu’on fait mes ancêtres parce que je suis eux. C’est un équilibre délicat à l’extrême. Je sais que peu d’entre vous, qui lisez ces lignes, avez jamais songé de cette manière à vos ancêtres. Sans doute ne vous est-il pas venu à l’idée qu’ils étaient faits pour survivre et que cette survie elle-même exigeait quelquefois des décisions brutales, marquées par cette sorte de sauvagerie absurde que l’humanité civilisée s’est toujours efforcée à grand-peine de faire disparaître. Mais quel prix êtes-vous prêts à payer pour cette disparition ? Acceptez-vous l’idée de votre propre extinction ?

 • Quelle est la plus profonde différence entre nous, entre vous et moi ? Vous la connaissez déjà. Ce sont ces fameux souvenirs ancestraux. Les miens me viennent dans la pleine lumière de la conscience. Les vôtres demeurent dans l’angle mort. Certains appellent cela l’instinct, ou destinée. Mais sur chacun de nous, sur nos pensées, et sur nos actes, l’action de la mémoire ancestrale s’exerce comme un levier. Vous vous croyez immunisés contre ce genre d’influence ? Je suis Galilée. Je suis là qui vous crie : « Et pourtant, elle bouge ! ». Et ce qui bouge est capable de concrétiser sa force d’une manière dont jusqu’ici aucun pouvoir mortel n’a jamais osé dériver. Or, je suis ici pour oser !

 • Le sens féminin du partage tire son origine de la vie familiale – les soins apportés aux enfants, la cueillette et la préparation de la nourriture, le partage des joies, de l’amour et des peines. Les rites de lamentations funéraires sont d’origine féminine. La religion, au début, était un monopole réservé aux femmes, qui ne leur fut arraché que lorsque le pouvoir social en jeu devint trop important. Les femmes ont été les premières à faire de la recherche et à pratiquer la médecine. Il n’y a jamais eu d’équilibre marqué entre les sexes, car le pouvoir va avec certains rôles de même qu’il va toujours avec la connaissance.

 • Un état de guerre incessant finit par engendrer ses propres conditions sociales, qui ont toujours été semblables à toutes les époques. Les gens se mettent en état d’alerte permanent afin de parer les attaques. Les autocrates exercent au grand jour leur pouvoir absolu. Tout ce qui est nouveau devient un dangereux territoire frontalier : planètes nouvelles, nouveaux secteurs économiques à exploiter, idées ou inventions nouvelles, visiteurs étrangers… tout prend un air suspect. Le féodalisme s’implante fermement, parfois déguisé en politburo – ou son équivalent – mais toujours présent. La succession héréditaire suit les lignes du pouvoir. Le sang des dirigeants domine. Les vices-régents du ciel ou leurs homologues partagent le gâteau. Ils savent qu’ils doivent contrôler l’héritage ou bien laisser le pouvoir s’émietter lentement. Comprenez-vous, à présent, ce que c’est que la Paix de Leto ?

 • De ce côté-ci souffle le sable ; de ce côté-là le sable souffle.
De ce côté-là un homme riche attend ; de ce côté-ci j’attends.
La Voix de Shaï-Hulud Extrait de l’Histoire Orale

 • Notre ancêtre Assur-nasi-apli, connu comme le plus cruel d’entre les cruels, s’empara du trône en assassinant son propre père, instaurant ainsi le règne de l’épée. Ses conquêtes comprirent la région du lac d’Ourmia et le menèrent jusqu’à Commangène et Khabur. Son fils reçut tribut des Shuites, de Tyr, Sidon, Gebel, et même de Jéhu, fils d’Omri, dont le seul nom terrifiait des milliers d’individus. Les conquêtes commencées par Assur-nasi-apli portèrent la guerre jusqu’en Médie et plus tard en Israël, à Damas, Edom, Arpad, Babylone et Umlias. Quelqu’un aujourd’hui se rappelle-t-il ces noms ? J’ai donné suffisamment d’indices. Essayez d’identifier la planète.

 • Je commence à prendre l’eau en horreur. La peau de truite qui commande ma métamorphose a acquis les sensibilités du ver. Moneo et plusieurs de mes gardes sont au courant de mon aversion, mais Moneo est le seul à voir l’importance de ce jalon. Pour moi, j’y sens la fin, peut-être pas toute proche au sens où Moneo mesure le temps, mais proche tout de même au sens où je le subis. Du temps de Dune, les truites des sables étaient invinciblement attirées par l’eau, et cela créait un problème dans les premiers stades de notre symbiose. Ce tropisme fut maîtrisé alors par l’intervention de ma volonté, jusqu’à ce que nous ayons pu atteindre un point d’équilibre. A présent, je dois éviter l’eau parce qu’il n’existe plus d’autres truites que les créatures à moitié dormantes de mon épiderme. Sans les truites pour ramener le désert sur ce monde, Shaï-Hulud ne ressortira pas. Les vers des sables ne pourront se développer que lorsque la terre sera asséchée. Et pour cela, je suis leur seul espoir.

 • « Déjà de nouvelles Festivités ? » demanda le Seigneur Leto.
« Dix ans ont passé depuis la dernière fois » lui répondit le majordome.
Pensez-vous que par cette remarque le Seigneur Leto ait trahi son ignorance du temps qui passe ?
L’Histoire Orale

 • Du fatras de souvenirs où je peux puiser à loisir, des configurations émergent. Elles sont comme un langage différent que je sais déchiffrer sans peine. Les signaux d’alarme sociaux qui font verser les peuples dans des postures d’attaque ou de défense sont pour moi comme des mots hurlés. En tant que groupe, vous réagissez contre les menaces qui mettent en danger l’innocence et la jeunesse sans protection. Des bruits inexpliqués, des odeurs, des visions, vous font dresser sur des ergots dont vous aviez oublié l’existence. Alarmés, vous vous raccrochez à votre idiome natal, parce que toutes les autres configurations de sons vous paraissent étranges. Vous exigez d’être vêtus de manière acceptable parce qu’un costume étranger vous paraît une menace. Nous sommes là en présence de ce qu’on appelle une rétroaction de système, au niveau le plus primitif. C’est la mémoire de vos cellules.

 • Que de choses m’apprennent ces safaris à travers mes souvenirs ancestraux ! Les schémas… aaah, oui ! les schémas… Les gens qui m’ennuient le plus sont les tartufes libéraux. Je me méfie des extrêmes. Grattez sous la surface d’un conservateur et vous découvrirez quelqu’un qui préfère le passé à n’importe quel avenir. Grattez sous celle d’un libéral et vous trouverez un aristocrate en col blanc. C’est ainsi ! Les gouvernements libéraux dégénèrent toujours en aristocraties. Et les bureaucraties trahissent les véritables intentions des peuples qui les ont hissées au pouvoir. Dès les premiers instants, les petites gens qui créent un gouvernement promettant une plus juste répartition du fardeau social se trouvent prisonnières des aristocraties de type bureaucratique. Naturellement, toutes les bureaucraties sont soumises aux mêmes schémas, mais quelle hypocrisie de les retrouver sous une bannière communisée ! Ah oui ! Si les schémas m’ont appris quelque chose, c’est que les schémas se répètent. L’oppression que j’exerce, à tout prendre, n’est pas pire que n’importe quelle autre ; mais au moins, ma leçon à moi est nouvelle.

 • L’état de transe prophétique n’est comparable à aucune autre expérience visionnaire. Ce n’est pas un retrait par rapport à la brutale exposition des sens (comme pour beaucoup d’états de transe) mais une immersion dans une multitude de nouveaux mouvements. Toute chose est mouvement. Au sein de l’Infinité, le pragmatisme ultime, la prise de conscience intégrale mènent en dernier lieu à la certitude sans faille que l’univers se meut par lui-même, qu’il change et que ses lois changent, que rien ne saurait demeurer permanent ni absolu à travers tant de mouvement, que les explications mécaniques d’un phénomène quelconque ne sauraient avoir de valeur que dans un espace bien circonscrit et que, une fois les barrières abattues, les vieilles explications s’écroulent et se dissolvent, emportées par les nouveaux mouvements. Les choses que l’on voit dans ces transes ont un effet dégrisant, dévastateur souvent. Elles exigent un effort extraordinaire pour conserver une personnalité intègre et, malgré cela, ne manquent pas de vous transformer profondément au sortir de l’expérience.

 • Quand j’ai entrepris de guider l’humanité sur mon Sentier d’Or, je lui ai promis une leçon dont ses morts se souviendraient. J’ai connaissance d’un schéma profond dont les humains nient l’existence dans leurs paroles tout en la confirmant dans leurs actes. Ils disent rechercher la sécurité et le calme, cet état de choses qu’ils appellent la paix. Mais en même temps qu’ils parlent, ils disséminent les graines du désordre et de la violence. Et s’il leur arrive d’atteindre leur fameuse sécurité tranquille, ils s’y contorsionnent désespérément, prisonniers d’un incommensurable ennui. Regardez-les donc ! Voyez à quoi ils s’occupent pendant que j’enregistre ces paroles. Ha ! Je leur ai donné des millénaires d’une tranquillité forcée qui persiste malgré tous les efforts qu’ils font pour retomber dans le chaos. Croyez-moi, le souvenir de la Paix de Leto les marquera à jamais. Après cette leçon, ils ne rechercheront plus leur sécurité tranquille qu’avec d’infinies précautions et une préparation soigneuse.

 • A mesure que les jours passent, vous devenez de plus en plus irréels, de plus en plus étranges et éloignés de ce que je deviens moi-même. Je suis la seule réalité et, en vous écartant de moi, vous perdez votre propre réalité. Plus je deviens curieux, moins ceux qui me vénèrent le sont eux-mêmes. La religion abolit la curiosité. Ce que je fais retranche à mes fidèles. Voilà pourquoi je finirai par ne plus rien faire, par tout restituer à des gens apeurés qui ce jour-là se retrouveront seuls, et forcés d’agir seuls.

 • Inévitablement, le problème du commandement se pose en ces termes : qui jouera le rôle de Dieu ?
Muad’Dib, Extrait de l’Histoire Orale

• Je suis à la fois le père et la mère de mon peuple. J’ai connu l’extase de la naissance et l’extase de la mort et je ne sais quels sont les schémas que vous avez à apprendre. N’ai-je pas erré, ivre, dans l’univers des formes ? Oui ! Je vous ai vues, silhouettes dans la lumière. Cet univers que vous dites voir et sentir, cet univers est en réalité mon rêve. Mes énergies s’y concentrent et je suis de n’importe quel et de tous les royaumes. C’est ainsi que vous naissez.

 • J’ai isolé en moi la cité-expérience pour l’examiner de près. L’idée de cité me fascine. La formation d’une communauté biologique dépourvue de substrat social actif ne peut mener qu’à la catastrophe. Des planètes entières se sont transformées en communautés biologiques distinctes sans structure sociale à la clé et cela a toujours fini par un échec. Dans des conditions de surpeuplement, cela peut devenir spectaculairement édifiant. Le ghetto est mortel. Les contraintes psychiques dues au manque d’espace vital se traduisent par des pressions qui, inévitablement, explosent. La cité représente une tentative pour canaliser ces forces. Les aspects sociaux de ces tentatives sont intéressants à analyser. N’oublions pas qu’il existe, à la base de tout ordre social, une certaine mesure de malveillance. C’est la lutte pour l’existence d’une entité artificielle, derrière laquelle se profilent l’esclavage et le despotisme. Beaucoup de torts sont causés, d’où la nécessité des lois. La loi édifie sa propre structure de pouvoir, source de nouveaux maux et de nouvelles injustices. Tous ces traumas peuvent être guéris non par l’affrontement, mais par la coopération. Le guérisseur est celui qui appelle à coopérer.

 • La singulière multiplicité de cet univers attire mon attention la plus profonde. Il n’existe pas de plus pure beauté.

 • Les groupes ont tendance à organiser leur environnement en fonction de la survie du groupe. Quand ils dévient de cette conduite, cela peut être considéré comme un signe de pathologie du groupe. Il existe un grand nombre de symptômes évocateurs. J’observe particulièrement le partage de la nourriture. C’est une forme de communication, un signe évident d’assistance mutuelle qui contient aussi un signal mortel de dépendance. Il est intéressant de remarquer que, de nos jours, ce sont plutôt des hommes qui aménagent le paysage. On les appelle des agriculteurs. Autrefois, c’était le domaine spécialement réservé aux femmes.

 • Si vous savez tout de vos ancêtres, c’est que vous avez été personnellement témoins des événements qui ont créé les mythes et les religions de notre passé. Acceptant cela, vous devez reconnaître que je suis un faiseur de mythe.

 • Que cela ne fasse aucun doute : je suis l’assemblage de nos ancêtres, l’arène où ils exercent mes moments. Ils sont mes cellules et je suis leur corps. C’est du favrashi que je parle, de l’âme, de l’inconscient collectif, la source des archétypes, le réceptacle des traumas et des joies. Je suis le choix de leur éveil. Mon samhadi est leur samhadi. Leur expérience est la mienne. Leur savoir distillé est mon héritage. Ces milliards d’êtres sont un en moi.

 • « Ne fabriquez surtout point de héros » disait mon père.
La voix de Ghanima Extrait de l’Histoire Orale

 • Le prophète n’est pas distrait par les illusions du passé, du présent et de l’avenir. C’est la fixité du langage qui détermine ces distinctions linéaires. Les prophètes détiennent une clé de la serrure des langages. L’image mécanique n’est jamais pour eux qu’une image. C’est l’observateur qui impose la progression linéaire des événements. Causalité ? La question n’est pas là du tout. Les paroles du prophète sont fatidiques. Elles font entrevoir des choses « destinées à se produire ». Mais l’instant prophétique libère quelque chose d’une portée et d’une puissance infinies. Il fait subir à l’univers une distorsion spectrale qui conduit le prophète éclairé à recouvrir la réalité d’étiquettes miroitantes. Le profane croit alors que le langage prophétique est ambigu. Il ne fait pas confiance au messager qui lui parle. Il est vrai que l’instinct nous dit combien le simple fait de les formuler émousse le pouvoir de ces mots. Mais le meilleur prophète est celui qui vous conduit au rideau et l’écarte lui-même un instant pour vous laisser regarder.

 • Le schéma des monarchies et des systèmes similaires contient un message précieux pour toutes les formes politiques. Mes souvenirs m’affirment que les gouvernements de tous types pourraient profiter du message. Les gouvernements peuvent être utiles aux gouvernés uniquement dans la mesure où sont freinées leurs tendances inhérentes à la tyrannie. Les monarchies, par exemple, ont quelques bons côtés à part leurs qualités vedettes. Elles peuvent réduire la taille et le caractère parasitaire de la bureaucratie administrative. Elles peuvent accélérer les décisions lorsque c’est nécessaire. Elles répondent à un très ancien besoin humain de hiérarchie parentale (ou tribale, ou féodale) où chacun reconnaît sa place. Il est en effet important de connaître sa place, même si elle n’est que provisoire. De même qu’il est exaspérant de se voir maintenir de force à la même place. C’est pourquoi j’ai choisi d’enseigner la tyrannie par la meilleure méthode qui puisse exister : par l’exemple. Même si vous lisez ces mots après le passage d’une éternité, ma tyrannie n’aura pas été oubliée. Mon Sentier d’Or m’en donne l’assurance. Connaissant mon message, vous serez, je l’espère, extrêmement prudents quant aux pouvoirs que vous déléguerez à quelque gouvernement que ce soit.

 • Vous connaissez le mythe du Grand Magot d’Epice ? J’ai entendu parler, moi aussi, de cette histoire. Un de mes majordomes me l’a rapportée, un jour, pour me distraire. Elle prétend qu’il existe, quelque part, une réserve de mélange aussi vaste qu’une montagne. Cette réserve serait cachée dans les profondeurs d’une lointaine planète, qui n’est pas Arrakis, pas Dune. L’épice y aurait été transportée il y a fort longtemps, avant la création du Premier Empire et de la Guilde Spatiale. On dit aussi que Paul Muad’Dib habite sur cette planète et qu’il y vit encore au milieu du magot qui le nourrit. Ce que le majordome n’a pas compris, c’est pourquoi son histoire me troublait tellement.

 • La mémoire a pour moi une signification curieuse, une signification que j’avais espéré faire partager à d’autres. J’ai toujours été stupéfié par la manière dont les gens fuient leurs souvenirs ancestraux, en se réfugiant derrière une lourde barrière de mythes. Oh ! Je n’attends pas d’eux qu’ils recherchent cette terrible promiscuité dont je suis obligé de faire l’expérience à chaque instant de ma vie. Je comprends très bien qu’ils ne veuillent pas se retrouver sous une bouillie d’insignifiants détails ancestraux. Oui, leur dis-je, vous avez raison de craindre que vos instants de vie ne soient accaparés par d’autres. Et cependant, c’est dans ces souvenirs que réside la vraie signification. Nous portons en avant toute notre ascendance comme une onde vivante, tous les espoirs, les joies, les chagrins, les douleurs et les exultations de notre passé. Rien dans ces souvenirs ne demeure totalement sans signification ou influence, tant qu’il existe encore une humanité quelque part. Nous sommes entourés d’un éclatant Infini, ce Sentier d’Or de l’éternité devant lequel nous pouvons, à notre manière modeste mais inspirée, faire allégeance en permanence.

 • La conscience de ce que je suis prend place dans la perception intemporelle qui n’accumule ni ne rejette, qui ne stimule ni ne dupe. Je crée un champ sans identité ni centre, un champ où même la mort devient une pure analogie. Je n’aspire pas à un résultat. Je laisse seulement exister ce champ qui n’a ni objectifs, ni désirs, ni perfections, ni même la moindre vision de réalisation. A l’intérieur de ce champ, la perception primale, omniprésente, est tout. C’est la lumière qui pénètre par les fenêtres de mon univers.

 • Dans toutes les langues, l’un des mots les plus redoutables est soldat. Les synonymes paradent à travers notre histoire : yogahnee, gendarme, hussard, kareebo, cosaque, deranzeef, légionnaire, sardaukar, truitesse… je les connais tous. Ils sont en rangs dans ma mémoire pour me rappeler ceci : avant toute chose, assurez-vous que l’armée est avec vous.

 • Savez-vous ce que disent souvent les guérilleros ? Ils affirment que leur mouvement ne craint pas la guerre économique parce qu’ils ne possèdent pas d’économie, qu’ils vivent en parasite sur ceux qu’ils veulent renverser. Les malheureux ne se doutent pas qu’ils refusent simplement d’accréditer la monnaie dans laquelle ils seront au bout du compte obligés de payer. Le processus est inexorable dans sa dégénérescence. On le voit répété dans les systèmes de l’esclavagisme, de l’Etat-providence, des religions de castes, des bureaucraties socialisantes, et dans tout système qui crée et entretient des dépendances. Un peu trop longtemps parasite, et l’on ne peut plus vivre sans hôte !

 • Au berceau de notre passé, je suis étendu sur le dos dans une caverne si basse que je n’ai pu y pénétrer qu’en me contorsionnant, pas même en rampant normalement. C’est là qu’à la lueur dansante d’une torche en résine, j’ai dessiné aux murs et au plafond les créatures de la chasse et les âmes de mon peuple. Quelle illumination que de laisser porter son regard en arrière, à travers un cercle parfait, sur cet ancien combat à la recherche du moment visible de l’âme ! Le temps tout entier vibre à ce cri : « Je suis là ! ». L’esprit informé par les géants artistes venus bien après, je dévore des yeux les empreintes des mains et des muscles fluides tracées sur la roche avec du charbon et des peintures végétales. Comme nous dépassons la simple somme d’événements mécaniques ! C’est alors que mon moi anticivique demande : « Comment se fait-il donc qu’ils n’aient, pas envie de quitter la caverne ? »

 • Les Duncan me demandent parfois si je comprends les idées exotiques de notre passé et, si je les comprends, pourquoi je ne peux pas les expliquer. La connaissance, d’après les Duncan, réside dans une somme de détails. Je m’efforce de les convaincre que les mots n’ont qu’une valeur plastique. L’image des mots commence à se déformer à l’instant même où ils sont formulés. Les idées incrustées dans un langage ne peuvent s’exprimer que dans ce langage donné. C’est l’essence même de la signification profonde du terme « exotique ». Vous voyez comme les distorsions commencent à apparaître ? La traduction vacille en présence de l’exotique. Le galach que je parle ici s’impose. C’est un cadre de référence externe, un système particulier. Tous les systèmes recèlent des dangers. Ils englobent les croyances non vérifiées de leurs créateurs. Adopter un système, adhérer à ses croyances, c’est renforcer la résistance au changement. Cela sert-il à quelque chose, que j’explique aux Duncan que pour certains concepts, il n’y a pas de langage ? Aaah ! Mais les Duncan ont toujours cru que tous les langages m’appartiennent !

 • Pourvu que les générations aient le temps d’évoluer, le prédateur, pour survivre, adapte sa conduite à sa proie qui, en retour, modifie son propre comportement, et ainsi de suite… Je connais plus d’une force qui n’exerce pas le pouvoir autrement. Prenez les religions…

 • Il a fallu près d’un millier d’années pour que la poussière de l’ancien désert planétaire de Dune quitte son atmosphère et se laisse lier à la terre et à l’eau. Depuis vingt-cinq siècles, la tempête appelée lève-sable n’existe plus sur Arrakis. Une seule de ces tempêtes pouvait soulever vingt milliards de tonnes de cette poussière, qui souvent rendait le ciel argenté. Les Fremen avaient coutume de dire : « Le désert est un chirurgien qui décolle la peau pour montrer ce qu’il y a dessous ». La planète et ses habitants étaient faits de strates que l’on pouvait voir. Aujourd’hui, mon Sareer n’est qu’un pâle reflet de ce qui existait avant. Et c’est moi qui dois jouer le rôle de lève-sable.

 • La civilisation est en grande partie fondée sur la couardise. Il est si simple de civiliser en enseignant à être lâche. Etouffez les critères qui conduiraient au courage. Limitez l’exercice de la volonté. Egalisez les appétits. Bouchez les horizons. Décrétez une loi pour chaque mouvement. Niez l’existence du chaos. Apprenez même aux enfants à respirer lentement. Domptez.

 • Qu’est-ce qui peut menacer le plus immédiatement mon office ? Je vais vous le dire. C’est un vrai visionnaire, une personne qui s’est trouvée en présence de Dieu en étant pleinement consciente de ce qui se passait. L’extase visionnaire libère les énergies du sexe : indifférentes à tout sauf à la création. Un acte de création peut ressembler à n’importe quel autre. Tout dépend de la vision qu’on a.

 • Vous ne comprenez pas l’histoire si vous ne comprenez pas ses courants, ses tourbillons et la manière dont les meneurs d’hommes s’insinuent dans son flot. Le chef est celui qui s’efforce de perpétuer les conditions qui requiert sa présence. Ainsi, il a besoin de ceux de l’extérieur. Je vous prie d’examiner mon règne avec soin. Je suis à la fois celui qui domine et celui qui est extérieur. Ne commettez pas l’erreur de penser que j’ai été le seul à créer une Eglise représentant l’Etat. C’était mon rôle en tant que chef et je m’appuyais pour cela sur de nombreux modèles historiques. Quant à mon rôle extérieur, il suffit de considérer les arts de mon époque. Ils sont barbares. La forme poétique la plus répandue ? L’épopée. L’idéal dramatique populaire ? L’héroïsme. La danse ? Effroyablement délaissée. De son point de vue, Moneo a raison quand il dit que c’est une situation dangereuse. Elle donne libre cours à l’imagination. Elle permet aux gens de ressentir l’absence de ce que je leur ai ôté. Et que leur ai-je ôté ? Le droit de participer à l’histoire.

 • Vous croyez peut-être que le pouvoir est, de toutes les conquêtes de l’homme, la plus instable ? Comment expliquez-vous alors toutes ces exceptions évidentes ? Certaines familles demeurent. Certaines puissantes bureaucraties de type religieux ont eu la vie dure. Considérez la relation entre la foi et le pouvoir. Peut-on dire qu’ils sont incompatibles alors que l’un s’appuie sur l’autre ? Le Bene Gesserit est demeuré à peu près en sécurité derrière les fidèles murailles de la foi durant des millénaires. Mais qu’est-il advenu de son pouvoir ?

 • Considérez-la comme une mémoire flexible, cette force qui vous pousse, vous et vos semblables, à des comportements tribaux. Cette mémoire flexible cherche à retrouver sa forme première, la société tribale. Voyez comme elle vous encercle… les feudataires, les diocèses, les corporations, les sections, les troupes de danse, les cellules révolutionnaires, les conseils d’administration, les groupes de prière… tous avec leurs maîtres et leurs esclaves, leurs hôtes et leurs parasites. Et ces avalanches de procédés aliénants (y compris l’avertissement présent !) viennent finalement grossir les rangs des partisans d’un retour au « bon vieux temps ». Pour moi, je désespère de vous enseigner d’autres voies. Vous avez un esprit carré qui résiste au mouvement circulaire.

 • Que suis-je en train d’éliminer ? L’engouement bourgeois pour la paisible conservation du passé. C’est une force cohésive, une force qui maintient l’humanité en un seul bloc vulnérable malgré l’illusion de la séparation à travers des parsecs d’espace. Si je suis capable d’en retrouver les morceaux épars, d’autres en sont capables aussi. Si vous êtes tous ensemble, vous êtes vulnérables à la catastrophe commune. Ensemble, vous pouvez être exterminés. Je veux vous démontrer ainsi le terrible danger d’une médiocrité enlisante, sans passion, d’un mouvement sans ambitions ni buts. Je veux vous démontrer que ce sont des civilisations entières qui peuvent arriver à ce résultat. Je vous fais le don d’une vie millénaire qui glisse tout doucement vers la mort, sans histoires, sans même demander : pourquoi ? Je vous montre le faux bonheur et l’ombre-catastrophe qu’on appelle Leto, l’Empereur-Dieu. Etes-vous prêts, maintenant, à apprendre ce que c’est que le bonheur réel ?

 • Dans tout mon univers, je n’ai rencontré aucune loi de la nature, immuable et inexorable. Cet univers ne nous offre que des relations changeantes qui sont parfois perçues comme des lois par des consciences à courte vie. Ces ensembles de sens charnels que nous dénommons le soi sont des éphémères flétris par l’éclat de l’infinité, fugacement conscients de certaines conditions provisoires qui confinent nos activités et changent en même temps que celles-ci. S’il faut que vous donniez un nom à l’absolu, utilisez son nom propre : Provisoire.

• – Tu vis à l’endroit où la crainte d’exister et l’amour d’exister se combinent en une seule personne, reprit Hwi.

Il ne put que cligner des yeux.

– Tu es un mystique, poursuivit Hwi, gentil envers toi-même seulement dans la mesure où tu te trouves au centre de cet univers, capable de jeter un regard sur l’extérieur d’une manière qui est interdite aux autres. Tu as peur de partager cette expérience, et pourtant il n’y a rien d’autre que tu souhaites partager d’avantage.
– Que vois-tu d’autre ? murmura Leto d’une voix sourde.
– Je ne possède pas de vision intérieure, ni de voix intérieure. Mais j’ai vu le Seigneur Leto, dont l’âme m’est si chère, et je sais quelle est la seule chose que tu comprends vraiment.

Il s’arracha à son regard, tremblant à l’idée de ce qu’elle allait dire. L’agitation de ses mains se répercutait dans tout le premier segment de son corps vermiforme.

– L’amour… dit-elle. Voilà tout ce que tu comprends.

Les mains de Leto cessèrent de trembler et sur chacune de ses joues une larme coula. Quand les larmes touchèrent ses replis, de fines volutes de fumée bleue montèrent et la douleur lui apparut comme un soulagement.

– Tu as foi en la vie, poursuivit Hwi, et je sais que le courage de l’amour ne peut résister que dans cette foi…

Hwi à Leto… elle qui l’aimait.

Les hérétiques de Dune.

• Presque toujours, la discipline est cachée, faite pour limiter et non pour libérer. N’en cherchez pas le pourquoi. Méfiez-vous du comment. Inexorablement, le pourquoi mène au paradoxe et le comment vous enferme dans le piège d’un univers de cause et d’effet. Les deux dénient l’infini.
Les Apocryphes d’Arrakis

 • Les explosions sont en même temps des compressions du temps. Les changements observables dans l’univers naturel sont tous explosifs à un certain degré et d’un certain point de vue ; autrement, ils ne seraient pas perceptibles. Les changements souples et progressifs, s’ils sont suffisamment étalés dans le temps, passent inaperçus aux yeux des observateurs dont la perspective est trop courte. C’est pourquoi, en vérité, je vous dis que j’ai observé des changements que vous n’auriez jamais remarqués.
Leto II

 • L’existence des non-vaisseaux accroît la possibilité de détruire des planètes entières sans représailles possibles. On peut lancer contre une planète un gros corps céleste, astéroïde ou autre. On peut en dresser les habitants les uns contre les autres par des moyens de subversion sexuelle et les armer pour qu’ils s’auto détruisent. C’est cette dernière technique que les Honorées Matriarches semblent privilégier.
Analyse du Bene Gesserit

 • Les humains sont contents lorsque chacun occupe sa place, lorsque chacun sait parfaitement ce qu’il représente dans l’agencement des choses et ce qu’il peut espérer accomplir. Détruisez cette place et vous détruisez l’être.
Leçon du Bene Gesserit

 • La religion n’a-t-elle pas, depuis des millénaires, déposé un brevet sur la création ?
La Question du Tleilax Paroles de Muad’Dib

 • Il y a des jours où c’est le mélange ; et il y a des jours où c’est la terre amère.
Aphorisme rakien

 • L’ennui avec un certain type de guerre, c’est qu’il détruit (et vous pouvez être sûrs que le Tyran le savait, car la leçon est implicitement contenue dans son enseignement) toute parcelle de sens moral chez les individus vulnérables. Les guerres de ce type ont pour conséquence de replonger des survivants intérieurement détruits au milieu de populations innocentes parfaitement incapables d’imaginer ce dont ces soldats de retour sont capables.
Les leçons du Sentier d’Or Archives du Bene Gesserit

 • Dix mille ans ont passé depuis que Leto II a entamé son extraordinaire mutation en ver géant de Rakis et les historiens se disputent encore sur ses véritables motivations. Désirait-il seulement jouir d’une longévité exceptionnelle ? Il vécut certes plus de dix fois les trois cents ans dévolus aux plus communs mortels ; mais voyez quel en fut le prix à payer ! Etait-ce alors l’attrait du pouvoir ? L’histoire ne l’a pas surnommé « le Tyran » sans raison ; mais quel humain aurait voulu de tout ce que lui a rapporté son pouvoir ? Cherchait-il plutôt à sauver l’humanité malgré elle ? Nous n’avons à répondre à cela que ses propres paroles sur ce qu’il dénommait « le Sentier d’Or » et il me paraît impossible de prendre en considération les documents trop orientés de Dar-es-Balat. Peut-on enfin envisager l’existence d’un autre type de compensation dont la nature ne serait compréhensible qu’à la lumière de sa propre expérience ? Faute de renseignements suffisants, la question demeure en suspens et nous en sommes réduits à admirer la prouesse physique accomplie, qui est la seule chose indéniable.
Péroraison de Gaus Andaud à l’occasion du dixième millénaire de la métamorphose de Leto II

 • La technologie, au même titre que de nombreuses activités, tend à l’évitement des risques par l’investisseur. L’incertitude est éliminée dans la mesure du possible. Les investissements de capitaux obéissent particulièrement à cette règle, car les gens préfèrent généralement le prévisible à l’imprévisible. Rares sont ceux qui reconnaissent le caractère destructif du processus par les limites qu’il impose à la diversité et par la vulnérabilité où il plonge des populations entières face à la manière brutale dont notre univers est parfois capable de jeter les dés.
Réflexions sur les Ixiens Archives du Bene Gesserit

 • A mon sens, les réformateurs ont causé plus de tort à eux seuls que n’importe quelle autre force dans toute l’histoire humaine. Montrez-moi quelqu’un qui déclare : « Tout cela doit être changé » et vous aurez devant vous une tête gonflée d’intentions pernicieuses qui n’ont aucun autre exutoire. Ce que nous devons au contraire nous efforcer de faire toujours, c’est découvrir les cours naturels des choses et nous y insérer sans heurt.
Révérende Mère Taraza Extrait d’une conversation Dossier GSDXXMAT 9 du B.G.

 • C’est dans le sperme que doit résider le secret des Tleilaxu. Nos tests ont prouvé qu’il ne se transmet pas de manière génétiquement régulière. Il y a des échelons manquants. Tous les Tleilaxu que nous avons examiné jusqu’ici nous ont dissimulé leur personnalité profonde. Ils sont insensibles aux sondes ixiennes. Le secret à tous les niveaux, telle est leur arme et leur défense ultime.
Analyse du Bene Gesserit Code d’archives BTXX 441 WOR

 • La surface extérieure d’un ballon est toujours plus grande que son foutu centre. C’est toute la signification de la Grande Dispersion !
Réponse du Bene Gesserit à la suggestion ixienne d’envoyer de nouvelles sondes à la recherche des Egarées

 • Le point faible du CHOM ? C’est simple. Ils ignorent le fait que de plus vastes puissances commerciales les attendent sur la marge de leurs activités, des puissances capables de les engloutir comme un limachon engloutit un tas d’ordures. C’est là la véritable menace de la Dispersion. Pour eux comme pour nous toutes.
Extrait des délibérations du Conseil du Bene Gesserit, N° d’archives SXX 90 CH

 • Au niveau quantique, notre univers peut être considéré comme un lieu indéterminé, statistiquement prévisible uniquement par le recours aux très grands nombres. Entre cet univers et un autre relativement prévisible où le passage d’une seule planète peut être annoncé à la picoseconde près, d’autres forces entrent en jeu. Pour l’univers intermédiaire où se situe notre vie de tous les jours, « ce que je crois » est une force prédominante. Nos croyances commandent le déroulement des événements quotidiens. Si nous sommes assez nombreux à y croire, nous pouvons causer l’existence d’une chose nouvelle. Les systèmes de croyance créent des filtres à travers lesquels le chaos se résout en ordre.
Analyse du Tyran Dossier Taraza, archives du B.G.

 • La vie ne peut trouver de raisons de continuer, ne peut être une source de considération décente et mutuelle que si chacun de nous à décider de lui insuffler ces qualités-là.
Chenoeh : Conversations avec Leto II

 • La loi choisit toujours son camp en fonction des modalités exécutives. La moralité et les finasseries juridiques ont peu de chose à voir avec elle dès lors que la seule véritable question qui se pose est : « Qui tient le manche du fouet ? »
Débat du Conseil du Bene Gesserit N° d’Archives XOX 232

 • La règle de base est de ne jamais soutenir ce qui est faible mais ce qui est fort.
Code Bene Gesserit

 • Rien ne peut surpasser la complexité de l’esprit humain.
Leto II Archives de Dar-es-Balat

 • Le fait le plus significatif est que nous n’avons jamais rencontré de femelles tleilaxu en dehors de leurs planètes centrales (Les Danseurs-Visages qui revêtent une apparence femelle ne comptent pas ici. Ce sont des hybrides qui ne jouent aucun rôle dans leur système de reproduction). Le Bene Tleilax séquestre soigneusement ses femelles pour les tenir hors de notre portée. C’est notre déduction fondamentale. Nous pensons aussi que c’est dans leurs œufs que les Maîtres du Tleilax dissimulent leurs plus grands secrets.
Analyse du Bene Gesserit N° d’Archives XOXTM 99…..O41

 • Quel héritage social accompagnait la Grande Dispersion à ses débuts ? Nous connaissons intimement cette époque. Nous savons quel en est le contexte physique et moral. Les Egarés emportaient avec eux une conscience qui se limitait en gros à la technique et au savoir-faire de l’homme. Mus par le mythe de la Liberté, ils éprouvaient un irrésistible besoin d’expansion territoriale. La plupart n’avaient pas prêté attention à la leçon du Tyran selon laquelle la violence engendre ses propres limites. La Grande Dispersion fut un mouvement aveugle et désordonné que l’on a interprété comme une phase de croissance (expansion). A la base, il n’y avait rien d’autre qu’une crainte profonde (souvent inconsciente) de la stagnation et de la mort.
Analyse de la Grande Dispersion Archives du Bene Gesserit

 • Indépendance et liberté sont des concepts complexes. Ils remontent à la notion religieuse de libre arbitre et se sont apparentés à la mystique du souverain que l’on trouve à la base de toute monarchie absolue. Sans les monarques absolus, calqués sur les Anciens Dieux et régnant par la grâce de la croyance en une astreinte religieuse, indépendance et liberté n’auraient jamais acquis la signification qu’elles ont de nos jours. Ce sont des idéaux qui doivent leur existence aux oppressions passées et qui sont maintenus par des forces inéluctablement condamnées à s’user si elles ne sont pas périodiquement ravivées par des leçons spectaculaires ou par des oppressions nouvelles. C’est la clé de base de mon existence.
Leto II, Empereur-Dieu de Dune Archives de Dar-es-Balat

 • Tout naturellement, ceux qui ont le pouvoir cherchent à empêcher le développement de la recherche « sauvage ». La quête insatiable de la connaissance a toujours produit, de mémoire d’homme, des concurrents indésirables. Ce que veulent les gens en place, ce sont des « progrès contrôlés », qui ne donneront naissance qu’à des produits et des idées aisément maîtrisables et qui, chose très importante, permettront que la plus grande partie des bénéfices soit recueillie par des investisseurs appartenant au système. Malheureusement, ce n’est pas un univers de hasard, soumis à des variables relatives, qui va leur donner l’assurance de ces « progrès contrôlés ».
Réflexions sur les Ixiens Archives du Bene Gesserit

 • La bureaucratie est la mort de l’initiative. Il n’est rien que les bureaucrates haïssent plus que l’innovation, en particulier celle qui produit de meilleurs résultats que les vieilles routines traditionnelles. Les améliorations font toujours paraître ineptes ceux qui se trouvent au sommet de la pyramide. Et qui prend plaisir à avoir l’air inepte ?
Guide des essais et Erreurs dans l’Art de Gouverner Archives du Bene Gesserit

 • Sur la droite, la grande table est dressée pour un festin de lièvre du désert rôti à la sauce cépéda. Les autres mets, à partir du bout de la table dans le sens des aiguilles d’une montre, consistent en strupe d’aplomage, chouka sous cloche transparente, café épicé de mélange (on notera la crête de faucon Atréides sur le versoir), oie-en-pot et, dans son flacon de cristal baluti, vin pétillant de Caladan. Remarquer également l’antique détecteur de poison dissimulé en partie derrière le lustre.
Dar-es-Balat Description d’une vitrine du musée

 • Les gens veulent toujours quelque chose de plus qu’une joie immédiate, ou que ce sentiment plus profond qu’on appelle le bonheur. C’est là un des secrets qui nous aident à façonner l’accomplissement de nos visées. Ce « petit quelque chose » exerce un pouvoir décuplé sur ceux qui ne savent pas lui donner un nom ou (comme c’est le plus souvent le cas) ne soupçonnent même pas son existence. La plupart des gens ne réagissent qu’inconsciemment à de telles forces cachées. De sorte que nous n’avons plus qu’à concevoir un « petit quelque chose » bien étudié et à lui donner une forme et une définition acceptables pour qu’on nous suive comme un seul homme.
Les secrets du pouvoir au Bene Gesserit

 • C’est un habitant des terres sèches à qui on demande un jour : « Qu’est-ce qui est le plus précieux pour toi, un jolitre d’eau ou une mare entière ? » Et l’autre réfléchit un long moment avant de répondre : « Le jolitre, pour sûr. Nul ne pourrait posséder une mare tout entière. Mais le jolitre, on peut facilement le cacher sous sa cape et se sauver avec. Personne ne s’en apercevrait.»
Bons mots de l’ancienne Dune Archives du Bene Gesserit

 • Par votre croyance dans les singularités, dans les absolus granulaires, vous niez le mouvement, y compris celui de l’évolution ! En laissant persister dans votre perception du monde l’image d’un univers granulaire, vous vous rendez aveugle, votre univers absolu disparaît, n’étant plus accessible à vos perceptions auto-limitées. L’univers vous a finalement laissé derrière lui.
Première version du Manifeste des Atréides Archives du Bene Gesserit

 • Nous savons depuis longtemps que les objets de notre expérience sensorielle palpable peuvent être influencés par nos choix, aussi bien conscients qu’inconscients. C’est un fait avéré qui n’implique nullement que nous soyons forcés de croire à la présence en nous d’une force capable de se projeter à l’extérieur pour atteindre l’univers. Je veux parler d’une relation pragmatique entre la croyance et ce que nous identifions sous le nom de « réel ». Tous nos jugements sont infléchis par le poids très lourd d’un ensemble de croyances ancestrales auxquelles nous sommes, en tant que membres du Bene Gesserit, encore plus sensibles que d’autres. Il ne suffit pas pour nous d’en avoir conscience et de vouloir nous en protéger. Les interprétations de rechange devront toujours faire l’objet de notre attention.
Mère Supérieure Taraza Débat au sein du Conseil

 • Tel se présente l’univers impressionnant de la magie qu’il est constitué non pas d’atomes mais uniquement de mouvements et de vibrations. En son sein, il convient d’abandonner toute croyance aux barrières qui font obstacle à la compréhension. La notion de compréhension elle-même est à écarter, cet univers n’étant ni visible, ni audible, ni décelable par aucun moyen fixe de perception. C’est le vide ultime où aucun écran préalable n’existe sur lequel puissent être projetées des formes. Il ne connaît qu’un seul mode de conscience et c’est l’écran de projection des images. L’imagination ! Ainsi, l’on apprend véritablement ce que signifie être humain, être un créateur d’ordre, de formes et de systèmes harmonieux, être, en somme, l’organisateur du chaos.
Manifeste des Atréides Archives du Bene Gesserit

 • Vous voyez dans cette salle la reconstitution d’un morceau du désert de Dune. La chenillette devant vous date de l’époque Atréides. Groupés autour d’elle, dans le sens des aiguilles d’une montre, vous apercevez une petite moissonneuse, une aile de transport, une usine à épice rudimentaire et quelques accessoires complémentaires. D’autres explications vous seront fournies pour chaque sujet exposé. Remarquez la légende en lettres lumineuses au-dessus du tout : « CAR ILS SE NOURRIRONT DE L’ABONDANCE DES MERS ET DU TRESOR DES SABLES ». Cette citation ancienne d’inspiration religieuse était souvent répétée par le célèbre Gurney Halleck.
Commentaire du guide Musée de Dar-es-Balat

 • Nos pères mangeaient la manne du désert. Dans les endroits torrides où soufflent les tornades. Sauve-nous, ô Seigneur, de cette horrible terre ! Sauve-nous, oh-h-h-h-h sauve-nous. De cette terre sèche et assoiffée.
Les Complaintes de Gurney Halleck Musée de Dar-es-Balat

 • Toutes les religions organisées ont à faire face à un problème commun, qui représente le point faible par où nous pouvons les pénétrer et les orienter selon nos propres besoins. Ce problème est : comment faire la distinction entre la révélation et l’hubris ?
Missionaria Protectiva Enseignement pour Initiés

 • L’oubli… tel est votre destin. Toutes les anciennes leçons de la vie, vous les perdez, vous les gagnez, puis vous les reperdez et vous les regagnez encore.
Leto II La Voix de Dar-es-Balat

 • La survie de l’individu, de l’espèce et de l’environnement, voilà ce qui motive l’être humain. On observera que l’ordre d’importance varie au cours de la vie. Qu’est-ce qui réclame le plus d’attention à un âge donné ? Le temps qu’il fait ? L’état de la digestion ? Eprouve-t-il (ou elle) réellement quelque chose pour moi ? Tous ces appétits variés que la chair est capable de ressentir et peut raisonnablement espérer satisfaire. Quelles autres choses pourraient avoir de l’importance ?
A Hwi Noree La Voix de Leto II Dar-es-Balat

 • Un homme était assis, chaque jour, devant une haute palissade où une étroite fente verticale avait été pratiquée. Chaque jour, un âne sauvage du désert passait derrière la palissade, de l’autre côté de la fente. D’abord le nez, puis la tête, puis les pattes antérieures, le flanc long et brun, les pattes postérieures et enfin la queue. Un jour, l’homme bondit sur ses pieds, une lueur de triomphe dans son regard, et s’écria à l’intention de qui voulait l’entendre : « Eurêka ! J’ai trouvé ! C’est le nez qui cause la queue ! »
Récits de la Sagesse Cachée Tirés de l’Histoire Orale de Rakis

 • Les historiens exercent un grand pouvoir et certains d’entre eux le savent bien. Ils recréent le passé en le modelant selon leur propre interprétation. Ce faisant, ils modifient aussi l’avenir.
La Voix de Leto II A Dar-es-Balat

 • Je règne par la force du regard et des serres – tel le faucon parmi les oiseaux inférieurs.
Proclamation Atréides Réf : Archives du B.G.

 • La mémoire ne recrée jamais la réalité. Elle la reconstitue. Et toute reconstitution modifie l’original en devenant elle-même un cadre de référence externe obligatoirement imparfait.
Manuel du Mentat

 • Caché derrière d’épaisses barrières, le coeur devient de glace.
Darwi Odrade Débat au sein du Conseil

 • Quand des étrangers se trouvent en présence, des concessions mutuelles s’imposent pour compenser les différences de mœurs et d’éducation.
Dame Jessica Sagesse d’Arrakis

 • Pour tout individu, la compétition potentiellement la plus dangereuse provient souvent de sa propre espèce. L’espèce consomme des denrées indispensables. Sa croissance est limitée par la denrée vitale qui est disponible dans la quantité la plus faible. La condition la moins favorable détermine le taux de croissance. (Loi du Minimum)
Extrait des leçons d’Arrakis

 • Le monde est pour les vivants. Qui sont-ils à cette heure ? Nous défiâmes les ombres d’effleurer la tiède blancheur. Elle fut le vent quand le vent me barrait la route. Vivant à midi, j’expirai sur son cœur. Celui qui de la chair s’élève dans l’esprit meurt : Le monde déborde le monde et la lumière est toute.
Théodore Rocthke Citations historiques, Dar-es-Balat

 • La justice ? Qui a dit qu’il voulait la justice ? Ici, sur Arrakis, c’est nous qui la faisons. Triompher ou mourir. Ne vitupérons pas la justice tant que nous aurons des armes et la liberté de nous en servir.
Leto Ier Archives du Bene Gesserit

 • Nous ne sommes pas en présence d’un nouvel état de la matière mais d’une relation nouvellement établie entre l’esprit conscient et la matière, qui nous offre une vue bien plus approfondie du mécanisme de la prescience. L’oracle se projette un univers interne afin de mettre en évidence de nouvelles probabilités extérieures à partir de forces qui ne sont pas bien comprises. Il n’est pas indispensable de comprendre ces forces pour les employer à façonner l’univers physique. Les anciens orfèvres et forgerons n’avaient pas besoin de connaître les complexités moléculaires et submoléculaires du fer, du bronze, de l’or ou de l’étain qu’ils travaillaient. Ils avaient inventé des puissances mystiques pour expliquer l’inconnu tandis qu’ils continuaient à se servir de leurs forges et de leurs marteaux.
Mère Supérieure Taraza Débat au sein du Conseil


La Maison des Mères

Ceux qui souhaitent répéter le passé devraient en premier lieu s’assurer de contrôler l’histoire enseignée.
Coda Bene Gesserit

 • Quand j’ai entrepris de guider l’humanité sur mon Sentier d’Or, je lui ai promis une leçon dont ses morts se souviendraient. J’ai connaissance d’un schéma profond dont les humains nient l’existence dans leurs paroles tout en la confirmant dans leurs actes. Ils disent rechercher la sécurité et le calme, cet état de choses qu’ils appellent la paix. Mais en même temps qu’ils parlent, ils disséminent les graines du désordre et de la violence.
Leto II, l’Empereur-Dieu

 • La personne capable de prendre quelque chose de banal et d’ordinaire pour l’illuminer de manière nouvelle a le pouvoir de terrifier. Nous ne voulons pas que nos idées soient changées. Nous nous sentons menacés par de telles tentatives. « Je sais déjà tout ce qu’il y a d’important à savoir ! » protestons-nous. C’est alors que le Changeur passe et renverse toutes nos vieilles idées.
Le Maître Zensoufi

 • Les règles créent des fortifications à l’abri desquelles les esprits étroits édifient des satrapies. Etat de choses dangereux quand tout va bien, désastreux en temps de crise.
Coda Bene Gesserit

 • Nous avons trop tendance à devenir pareils aux pires de nos ennemis.
Coda Bene Gesserit

 • Vous ne comprenez pas l’histoire si vous ne comprenez pas la manière dont les meneurs d’hommes s’insinuent dans ses courants. Tout chef a besoin de gens de l’extérieur pour justifier et perpétuer sa présence. Examinez mon règne. J’ai été à la fois celui qui domine et celui qui est extérieur. Ne croyez pas que j’ai simplement créé un Etat-église. C’était mon rôle en tant que chef et j’ai imité en cela des modèles historiques. Le caractère barbare des arts de mon époque met bien en évidence mon rôle extérieur. La forme poétique en vogue ? L’épopée. L’idéal dramatique populaire ? L’héroïsme. La danse ? Tragiquement abandonnée. Toutes ces choses ne sont que des stimulants destinés à obliger les gens à prendre conscience de ce que je leur ai ôté. Et que leur ai-je ôté ? Le droit de se choisir un rôle historique.
Leto II (le Tyran) Traduction de Vether Bebe

 • On ne manipule pas une marionnette avec un seul fil.
Le Fouet Zensunni

 • En vous confinant dans un simple rôle d’observateur, vous passez systématiquement à côté du sens même de votre vie. L’idéal pourrait être ainsi défini : vivez de votre mieux. La vie est un jeu dont les règles s’apprennent en y sautant à pieds joints pour y être immergé jusqu’au cou sous peine d’être toujours pris au dépourvu, toujours surpris par le moindre changement de décor. Les spectateurs passifs se plaignent en gémissant que la chance est passée juste à côté d’eux. Ils refusent de voir qu’une bonne part de cette chance, c’est à eux qu’il revenait de la créer.
Darwi Odrade

 • Tous les gouvernements sont affligés d’un grave problème chronique : le pouvoir exerce une grande attraction sur les natures pathologiques. Ce n’est pas tant que le pouvoir corrompt, mais il fascine les sujets corruptibles. Ces gens ont tendance à s’enivrer de violence, ce qui crée rapidement les conditions d’une accoutumance fâcheuse.
Missionaria Protectiva Texte QIV (dicto)

 • Le fait d’écrire l’histoire est en grande partie un processus de diversion. La plupart des comptes rendus historiques détournent en réalité l’attention des influences secrètes qui se sont exercées sur les événements importants.
Le Bashar Teg

 • La corruption revêt des déguisements infinis.
Thu-zen tleilaxu

 • L’éducation n’est pas un substitut de l’intelligence. Cette qualité élusive ne peut être que partiellement définie par l’aptitude à résoudre des puzzles. C’est par la création de nouveaux puzzles reflétant ce que vous rapportent vos sens que vous pourrez compléter la définition.
Texte Mentat n°1 (dicto)

 • Beaucoup de choses que nous faisons tout naturellement nous deviennent difficiles dès l’instant où nous cherchons à les intellectualiser. Il arrive qu’à force d’accumuler les connaissances sur un sujet donné, nous devenions ignares.
Texte Mentat n°2 (dicto)

 • La religion (ou imitation des adultes par l’enfant) enkyste les mythologies passées : conjectures, acceptations secrètes d’une confiance passive en l’univers, prises de positions visant essentiellement le pouvoir personnel, le tout mêlé à quelques lambeaux d’illumination. Avec, toujours présent, ce commandement tacite : « Tu ne poseras pas de question ! ». C’est quotidiennement que nous enfreignons un tel commandement. Nous nous sommes fixé pour tâche d’atteler l’imagination humaine à notre créativité la plus puissante.
Credo Bene Gesserit

 • Les lois prohibitives tendent à renforcer ce qu’elles voudraient interdire. C’est le point sensible dont toutes les professions juridiques de l’histoire se sont servies pour assurer leur stabilité de leur fonction.
Coda Bene Gesserit

 • Nous n’enseignons pas l’histoire ; nous recréons l’expérience. Nous suivons la chaîne des conséquences – la piste de la bête dans sa forêt. Regardez au-delà de nos paroles et vous apercevrez toute l’étendue d’un comportement social qu’aucun historien n’a jamais effleuré.
Panoplia Prophetica B.G.

 • On dit toujours que la Mère Supérieure ne peut se désintéresser de rien. Aphorisme sans grande signification si l’on néglige de considérer sa seconde facette. Je suis au service de toutes mes Soeurs. Elles observent leur servante en permanence d’un regard critique. Bien que n’ayant guère de temps à consacrer aux détails ou aux généralités, la Mère Supérieure se doit d’afficher en toute occasion un comportement inspiré, sous peine de voir son Ordre pénétré dans ses moindres recoins par un profond sentiment de malaise.
Darwi Odrade

 • Tout état est une abstraction.
Octun Politicus, Archives B.G.

 • Certains ne participent jamais à l’événement. La vie leur arrive tout simplement. Ils se maintiennent plus ou moins à force de résistance bornée et résistent avec rage ou violence à tout ce qui pourrait les arracher à leurs illusions dépitées de sécurité.
Alma Mavis Taraza

 • Pour bien connaître une chose, connaissez ses limites. Ce n’est que lorsque vous aurez dépassé ses normes de tolérance que sa véritable nature vous sera dévoilée. Et n’oubliez pas le Principe d’Amtal : « Ne vous reposez pas entièrement sur la théorie quand votre vie est en jeu ».
Commentaire Bene Gesserit

 • Souvent, la compréhension facile est un réflexe comparable à celui du genou et constitue une forme d’entendement la plus dangereuse qui puisse exister. Tel un écran aveugle et scintillant, elle annihile votre faculté d’apprendre. Le système juridique des précédents fonctionne de la même manière et encombre votre parcours d’impasses. Vous voilà prévenus. Ne comprenez jamais rien. Toute appréhension de la réalité ne saurait être que temporaire.
Fixe mentat (adacto)

 • De graves erreurs de gouvernements sont causées par la peur d’accomplir des changements internes radicaux alors même que le besoin en a été clairement perçu.
Darwi Odrade

 • Le temps ne se mesure pas lui-même. Il suffit de considérer un cercle et la chose devient apparente.
Leto II (le Tyran)

 • Un concept majeur guide la Missionaria Protectiva : l’instruction motivée des masses. Il est fermement établi dans notre conviction que la finalité de toute discussion devrait être de changer la nature de la vérité. Dans un tel domaine, nous préférons avoir recours au pouvoir plutôt qu’à la force.
Coda B.G.

 • Le meilleur art imite la vie. S’il imite un rêve, c’est nécessairement un rêve de vie. Sinon, nous n’avons pas d’endroit où nous raccorder. Nos connexions ne sont pas compatibles.
Darwi Odrade

 • Arrachez vos questions au terreau où elles ont germé et vous verrez pendre leurs racines : d’autres questions !
Un Mentat Zensoufi

• Les humains naissent prédisposés à une affection mentale tenace et débilitante qui consiste à se leurrer soi-même. Le meilleur comme le pire des mondes possibles tirent de cet état de choses leur coloration tragique. Pour autant que nous puissions le déterminer, il n’existe pas d’immunité naturelle à cela. Une vigilance de tous les instants s’impose.
Coda B.G.

 • e choisis à tous les coups le jugement d’un esprit équilibré de préférence à n’importe quelle loi. Les codes et les manuels créent des structures de comportement. Tous les comportements préstructurés ont tendance à se dérouler sans être remis en question, amenant ainsi des forces d’inertie destructrices.
Darwi Odrade

 • Il y a des amertumes qu’aucun édulcorant ne saurait adoucir. Si c’est amer, crachez. Nos plus lointains ancêtres agissaient de cette manière.
Coda B.G.

 • Ne vous engagez pas dans un conflit avec des fanatiques si vous n’êtes pas capable de les désamorcer. A une religion, n’opposez une autre religion que si vos preuves (vos miracles) sont irréfutables ou si vous êtes en mesure de combiner un moyen pour que les fanatiques reconnaissent en vous l’inspiration divine. Depuis longtemps, c’est le principal obstacle à ce que la science endosse le manteau de la révélation divine. La science est trop visiblement un produit de l’homme. Les fanatiques (et beaucoup le sont sur un sujet ou sur un autre) doivent savoir exactement sur quel pied vous danser, mais il est plus important encore qu’ils puissent reconnaître la voix qui murmure à vos oreilles.
Missionaria Protectiva Formation Primaire

 • C’est une ligne délicate que nous suivons en perpétuant les gènes Atréides (ceux de Siona) dans nos populations en raison de la protection qu’ils nous offrent contre la prescience. Nous portons dans le même sac le Kwisatz Haderach ! Ce n’est pas le hasard qui a créé Muad’Dib. Les prophètes servent à rendre vraies les prédictions. Oserons-nous jamais ignorer de nouveau notre sens Tao et nourrir une culture qui déteste le hasard et supplie qu’on l’abreuve de prophéties ?
Compte rendu des Archives (adixto)

 • Nous assistons à une phase transitoire d’éternité. Il se passe des choses importantes, mais certaines personnes ne savent jamais voir. Des accidents surviennent. On n’était pas présent à certains épisodes. On compte sur les rapports. Et les gens se ferment l’esprit. A quoi bon les rapports ? L’histoire dans un bulletin d’information ? Présélectionnée lors d’une réunion des rédacteurs, prédigérée, enrobée de préjugés à l’excrétion ? Les rapports dont on a besoin viennent rarement de ceux qui font l’histoire. Journaux intimes, mémoires et autobiographies sont des formes subjectives de plaidoyers particuliers. Les Archives sont encombrées de ces documents toujours hautement suspects.
Darwi Odrade

 • Réservez vos énergies à ceux qui vous fortifient. Dépenser de l’énergie pour les faibles ne peut que vous conduire à votre perte (précepte H.M.). Commentaire Bene Gesserit : et qui est le juge ?
Le dossier Dortujla

 • Ich yara at-ahdab-hadbat-u (un bossu ne voit pas sa bosse… Dicton populaire). Commentaire Bene Gesserit : avec des miroirs, on peut voir la bosse, mais les miroirs risquent de montrer la totalité de l’être.
Le Bashar Teg

 • La religion doit être acceptée en tant que source d’énergie. Elle peut être canalisée selon nos besoins, mais uniquement dans certaines limites que l’expérience révèle. Telle est la signification secrète du Libre arbitre.
Missionaria Protectiva Formation Primaire

 • Notre dieu du foyer, c’est cette chose que nous transmettons d’une génération à l’autre : notre message à l’humanité si elle mûrit. Ce que nous possédons de plus proche d’une déesse du foyer, c’est une Révérende Mère déchue – Chenoeh, qui est là dans sa niche.
Darwi Odrade

 • Quand pourrons-nous faire confiance aux sorcières ? Jamais ! Le côté enténébré de l’univers magique est celui du Bene Gesserit et nous devons les rejeter de toutes nos forces.
Tylwyth Waff Maître des Maîtres

 • Recherchez la liberté et devenez esclaves de vos désirs. Recherchez la discipline et trouvez votre liberté.
Coda B.G.

 • L’élaboration d’un choix opérationnel se produit dans un creuset d’erreurs instructives. Ainsi, l’Intelligence accepte la faillibilité. Et si les options absolues (infaillibles) sont impossibles à déterminer, alors l’Intelligence prend ses risques en se servant au mieux des données limitées qu’elle trouve dans une arène où les erreurs sont non seulement possibles, mais indispensables.
Darwi Odrade

 • En dernière analyse, toute chose n’est connue que parce qu’on veut croire qu’on la connaît.
Koan Zensunni

 • Toute réponse constitue une prise dangereuse sur l’univers. Malgré une apparence sensée, elle n’explique peut-être rien
Le Fouet Zensunni

 • La guerre ? Il y a toujours quelque part un désir d’espace vital qui la motive.
Le Bashar Teg

 • Ne soyez pas trop promptes à révéler vos jugements. Des conclusions cachées sont parfois bien plus efficaces. Elles peuvent inspirer des actions dont les effets ne seront ressentis que trop tard pour être détournés.
Conseils Bene Gesserit aux Postulantes

 • Considéré d’une certaine manière, l’univers est un mouvement brownien, impossible à prédire au niveau élémentaire. Muad’Dib et son Tyran de fils refermaient la porte de la chambre d’ionisation chaque fois qu’un mouvement se manifestait.
Contes et récits de Gammu

 • Que nous enseignent les Accidents Sacrés ? Soyez souple ; soyez fort ; soyez préparé au changement, à la nouveauté. Amassez les expériences et jugez-les au standard immuable de notre foi.
Doctrine Tleilaxu

 • C’est au moment où vous croyez prendre en main les rênes de votre destin que vous risquez d’être écrasé. Agissez prudemment. Comptez avec un certain nombre de surprises. Quand on crée, il y a toujours d’autres forces à l’œuvre.
Darwi Odrade

 • Il n’y a pas de secret à garder l’équilibre. Il suffit de sentir les vagues.
Darwi Odrade

 • Les couples opposés définissent vos aspirations et ces aspirations vous emprisonnent.
Le Fouet Zensunni

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2 réflexions au sujet de “Citation de « Dune » 4”

    1. J’ai en effet privilégié les anciennes couverture, par Siudmak. A mon sens, personne n’a depuis représenté aussi bien que lui cet univers.

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