Romans Science Fiction

Citations des « chemins de Damas »

Le Chemin de Damas
« La vie n’est qu’une succession d’instants éphémères, une farandole de moments présents qui se chassent les uns les autres et s’imprègnent avec plus ou moins de force dans la mémoire.

Rien n’a de réalité parce que tout passe sans cesse, parce que toute forme aussitôt créée retourne au néant.

C’est sans doute la raison pour laquelle les hommes tentent de piéger le temps dans des constructions monumentales, des religions, des souvenirs, tout cela bâti sur des mondes illusoires dont ils sont les prisonniers, les otages ». 

« – C’est quoi, la vision globale ?

–      Une vision neuve, une vision qui ne dépende plus du moule mortifère de la pensée, de la mémoire. La pensée ne cherche qu’à se rassurer, donc à répéter les schémas connus, rassurants. La pensée prisonnière de la mémoire ne peut pas être intelligente.  

(…) 

–      La pensée a trouvé ce moyen de se célébrer elle-même : reproduire les schémas connus, nous pousser à répéter les erreurs du passé. (…). Les uns et les autres ont été incapables de se libérer des vieilles peurs, incapables de poser un regard neuf sur le monde, ils n’en ont pas la volonté, pas la force, pas même l’idée, parce qu’ils se sentent en sécurité à l’intérieur de l’espace-temps qu’ils n’ont de cesse de légitimer, de fortifier » 

***

« – Alors je suis parti de l’idée, exprimée par Vaï K’aï (cf l’évangile du Serpent) et d’autres avant lui, que l’homme n’était pas seulement locataire de son univers, mais sont cocréateur. En gros, lors d’un passage délicat que nous pourrions appeler la chute, le je s’oublie en tant que créateur, en tant que source de son existence, pour se faire créature, soumise au conditionnement de l’espace et du temps, et donc de son monde, de sa race, de sa société, de sa religion, de son sexe, de son âge. Si on prenait l’analogie du théâtre, on dirait que le comédien s’identifie au rôle en ayant oublié qu’il est l’auteur de la pièce, qu’il a écrit ses textes et programmé ses expériences. Le rôle réduit l’acteur à l’ego, ce minuscule cabot qui se gonfle d’importance pour occuper tout l’espace. La porte de l’autre monde, celle qui ramène le je dans son état primordial, le jardin d’avant la chute, la maison de toutes les lois chère à Vaï K’aï, l’endroit où le je se sépare de l’ego et se souvient de sa nature créatrice. Je crois que, dans cet état, chaque pensée, qui est le Verbe de l’âme, se matérialise et se combine avec les autres pensées pour engendrer l’univers. L’univers serait le produit toujours changeant des interactions des pensées humaines. Ca paraît dingue à première vue, non ? 

–      Oh, moi, je ne sais plus que croire. Je trouve seulement que ton raisonnement est dangereux : il permet à tous les bourreaux, petits ou grands, de justifier leurs actes. Un mec qui torture ou maltraite quelqu’un peut dire : c’est lui qui l’a voulu. Un dictateur qui fourre des millions de gens dans des camps ou des fours crématoires peut dire : je n’y suis pour rien, ils l’on voulu.  

–      Une réaction normale de je créature. La faiblesse du je créature, c’est justement de coller la responsabilité de ses actes sur d’autres je créatures, en une sorte d’association de jeux de rôles, les interactions dont je parlais tout à l’heure. Je constate que ce système, où le bourreau et la victime se renvoient sans cesse à la tête leurs histoires, leurs rancoeurs, leurs misères, a conduit le monde au bord du chaos. L’humanité, dans sa forme actuelle, a accumulé un certain savoir, mais elle n’est pas devenue intelligente. Elle a entrepris une longue œuvre de destruction qui arrive à son terme. La logique de la chute, de l’oubli. Pour en revenir à l’histoire du bourreau et de la victime, la reconquête du je créateur n’empêche nullement la compassion, bien au contraire. Elle permet d’accéder à l’amour véritable, la fantastique énergie de l’univers. Nous avons le devoir d’agir dans le champ de matière, sur la scène, mais c’est avec la dimension créatrice du je que nous pouvons réellement apporter notre pierre au monde » 

« Manon fixa un moment Luc.

–      J’aurais bien aimé avoir un père comme lui.

–      Tu le connais ?

–      Je connais tout le monde et personne depuis toujours. Nous sommes tous liés les uns aux autres, nous sommes tous uniques, nous avons tous nos secrets.

–      Je vous m’assurer que tout allait bien pour toi, mais j’ai su que c’était inutile bien avant de te revoir.

–      Il n’y pas de but, seulement des chemins.

–      Pourquoi Damas ? La porte ne peut pas s0ouvrir n’importe où ?

–      Si, mais il faut un chemin. C’est la seule façon de se débarrasser de ses habitudes, de ses jugements, de ses souvenirs, de ses certitudes. Beaucoup entendent l’appel, tous en vérité, mais ils sont bien peu nombreux à parcourir un chemin »

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.